Publié le 30 septembre 2015

ENVIRONNEMENT

Volkswagate : le scandale Volkswagen signe-t-il l'arrêt de mort du diesel ?

Après les révélations de tricherie sur les contrôles anti-pollution de ses voitures mardi 22 septembre dernier, la marque allemande Volkswagen se trouve dans la tourmente. Mais pas seulement. En Allemagne, le scandale éclabousse tout le secteur automobile. Régulièrement dénoncés par les Organisations non gouvernementales (ONG) pour leurs fortes émissions de gaz à effet de serre et leur intense lobbying à Bruxelles pour le maintien de méthodes laxistes de contrôle, les constructeurs allemands vont-ils se saisir du "volkswagate" pour s'orienter vers la construction de véhicules vraiment plus propres ? Rien n’est moins sûr.

Action de l’organisation Deutsche Umwelthilfe avec le slogan « Le diesel tue ».
Deutsche Umwelthilfe

Martin Winterkorn, le PDG de Volkswagen, a fini par démissionner. Dans un communiqué, il justifie sa décision par la nécessité pour le constructeur automobile de "prendre un nouveau départ". Mais que signifie la formule ? La fin de la duperie des consommateurs ? Plus d’hybrides, plus de véhicules électriques ? Au salon automobile de Francfort, qui s’achève le 27 septembre, les questions gênantes sont savamment esquivées. Au stand de Volkswagen comme chez les autres constructeurs automobiles allemands.

 

Fraudes généralisées

 

"Le cas de Volkswagen est loin d’être un cas isolé, les autres constructeurs sont également suspectés de manipuler les contrôles anti-pollution", explique Jürgen Resch, directeur de l’influente organisation de défense des consommateurs Deutsche Umwelthilfe. Le 17 septembre dernier, jour de l’ouverture du salon, son organisation accueillait les visiteurs avec des bannières intitulées "le diesel tue". "Je pense qu’il y a plus d’un manager qui marche sur des œufs en ce moment."  

Les accusations de fraude à la pollution ne sont pas nouvelles. En Allemagne, cela fait des années que les Organisations non gouvernementales (ONG) dénoncent les pratiques illégales des constructeurs - et l’inertie du gouvernement fédéral. "Berlin s’est trop longtemps plié devant l’industrie automobile", dénonce Michael Müller-Görnert, de l’association allemande Transports et environnement (VCD).

 

Complicité de Berlin

 

Pourquoi ? Le secteur de l’automobile allemand emploie un salarié sur sept. C’est un des piliers de l’économie allemande, Volkswagen en tête. En 2014, le pays exportait pour 1 134 milliards d’euros de biens industriels et à elle seule, l’industrie automobile représentait près du quart du volume.

"L’environnement est perçu comme une bête noire, une entrave au bon développement économique", poursuit Michael Müller-Görnert. "Au niveau européen, le gouvernement s’est toujours battu pour l’abaissement des plafonds d’émissions et le maintien de méthodes laxistes de contrôles anti-pollution."

Pire : selon la fraction parlementaire Bündnis 90/Die Grünen (les écologistes allemands), Berlin connaissait non seulement l’existence du logiciel incriminé mais aussi son usage... Et n’a rien entrepris.

 

Le début de la fin du diesel 

 

Seulement voilà, le Waterloo industriel que vit actuellement Volkswagen contraint le secteur automobile et le monde politique allemand à s’adapter à la nouvelle donne environnementale, qui commence par l’abandon du diesel. 

Pour Jürgen Resch, s’il est encore trop tôt pour parler de tournant électrique dans les transports, "le scandale Volkswagen sonne le glas de l’industrie du diesel. En Allemagne, mais également ailleurs dans le monde. La confiance chez les consommateurs est en miette, plus personne ne veut croire au diesel propre."

En France, l'association Ecologie sans frontière a décidé de porter plainte contre X ce mercredi pour tromperie aggravée et mise en danger de la vie d'autrui. Elle estime qu’il n’y a pas que les automobilistes qui sont floués par la tricherie du constructeur allemand, mais aussi la société dans son ensemble.

L’escroquerie environnementale érigée en véritable stratégie industrielle (Volkswagen a reconnu une fraude sur 11 millions de véhicules dans le monde) entraîne avec elle toute l’industrie du diesel : incapable de répondre aux normes environnementales de plus en plus exigeantes, elle est obligée de tricher pour se maintenir en vie.  

Aussi, la situation actuelle est "stratégiquement bénéfique", analyse le député européen Reinhard Bütikofer (Vert), et permettra à terme aux véhicules électriques de supplanter les modèles conventionnels.

Mais rien ne dit que les constructeurs allemands seront au rendez-vous. Embourbés dans le diesel, ils ratent le coche de la nouvelle génération de voiture : le Wall Street Journal a annoncé que le géant Apple prévoyait la sortie de son premier véhicule connecté et 100% électrique d’ici 2019.                                         

Claire Stam, correspondante en Allemagne.
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