Publié le 27 mai 2021

ENVIRONNEMENT

Rouen frappé par une pollution aux néonicotinoïdes dans la Seine après la fuite d'une cuve

C'est un nouveau coup dur pour Rouen. Un an et demi après avoir subi l'incendie du Lubrizol, le territoire est "à nouveau souillé". Des néonicotinoïdes, ces pesticides "tueurs d'abeille", ont été déversés dans la Seine en raison de la fuite d'une cuve. Le maire a fait part de son "ras-le-bol" et annonce porter plainte contre X. 

Pollution seine rouen iStock kodachrome25
Le 22 mai au soir, les militaires de la bridage fluviale ont constaté une "irisation de couleur bleue" sur la Seine.
kodachrome25 Istock

Il y a un an et demi, une "marée noire" survolait le ciel de Rouen et ses alentours à la suite de l’incendie de l’usine de produits chimiques Lubrizol. Le 22 mai dernier, une nouvelle marée noire, polluant cette fois la Seine, a été identifiée à la hauteur de la métropole rouennaise. Des militaires de la brigade fluviale de gendarmerie de la ville ont en effet observé une "irisation de couleur bleue" sur une surface totale d’environ 500 mètres carrés. "La fuite d’une cuve appartenant à une entreprise de transports située chemin de Croisset, à Canteleu, est en cause. D’après nos informations le produit pesticide contiendrait des néonicotinoïdes, en particulier du thiaméthoxame, substance hautement nocive, très soluble dans l’eau, interdite en France depuis près de trois ans !", a indiqué la métropole dans un communiqué.

Pour le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol, la situation est "inacceptable". "Ras-le-bol", écrit-il dans un billet sur le réseau social Linkedin indiquant que la Métropole Rouen Normandie, dont il est président, va porter plainte contre X dans le cadre de cet évènement. "Notre territoire est à nouveau souillé", a-t-il dénoncé dans un communiqué cosigné avec Charlotte Goujon, vice-présidente chargée des risques industriels et de la santé. 

Menace sur les écosystèmes

La préfecture a confirmé l’existence de cette pollution provenant d’un récipient d’insecticide contenant du thiamétoxame, mais elle a toutefois précisé que "la production, le stockage et la circulation de cette substance active sont autorisés en France jusqu’au 1er janvier 2022". Le thiamétoxame, produit par le géant Syngenta, est interdit en Europe depuis 2018, suspecté d’être un insecticide "tueur d’abeille". Mais la France a réautorisé, de manière provisoire, son utilisation dans les champs de betteraves sucrières. Le but étant de sauver la filière sucrière française, dont la baisse des rendements liés à la "jaunisse de la betterave" menaçait la pérennité.

"Avec cet accident, on voit bien que ces produits ultra toxiques menacent non seulement les pollinisateurs lors de leur utilisation mais aussi l’ensemble des écosystèmes comme ici dans le cas de cette pollution de la Seine", a réagi l’association Générations futures. La préfecture, qui n’a pas pu mettre en place de barrage flottant "car la densité du produit ayant fui était proche de celle de l’eau", a réalisé un pompage.

"Obscurantisme de la préfecture"

Elle affirme que les modélisations réalisées par le Cedre (Centre de documentation de recherche et d’expérimentation sur les pollutions accidentelles des eaux) révèle "une pollution très inférieure aux seuils entraînant un risque létal pour la faune aquatique (à savoir de l’ordre de 0,8 mg/l, la dose létale pour la faune aquatique s’établissant à 100 mg/l, soit plus de 100 fois moins)". "Aucun impact n’a été constaté par les équipes lors de leurs observations qui vont se poursuivre dans les jours à venir", a-t-elle poursuivi.

Malgré ces données, qui se veulent rassurantes, le mouvement Génération écologie de Seine Maritime a dénoncé "l’obscurantisme de la préfecture". "Considérer qu’une observation de quelques jours suffit à écarter tout danger, c’est faire preuve d’obscurantisme alors que la durée de demi-vie de cette substance peut aller jusqu’à 1 000 jours et que ses effets sur la biodiversité sont par ailleurs scientifiquement indiscutables. C’est à la fois un déni de réalité et un déni de justice", pointe le mouvement qui appelle la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili, à réagir. 

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP


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