Publié le 10 juillet 2017

ENVIRONNEMENT

Macron a raison : lutte contre le terrorisme et climat, même combat

Pour le Président de la République, Emmanuel Macron, lutter contre le terrorisme et lutter contre le changement climatique sont liés. Cette déclaration au G20, samedi 8 juillet, a tout de suite provoqué une série de réactions indignées. Pourtant les spécialistes sont formels : le changement climatique est l’un des facteurs contribuant à l’émergence des conflits, voire à leur exacerbation. 


Dans son discours au G20 le 8 juillet, le Président Macron a établi un lien entre réchauffement climatique et terrorisme. "On ne peut pas prétendre lutter efficacement contre le terrorisme si on n'a pas une action résolue contre le réchauffement climatique (…). Aujourd'hui, le terrorisme, les grands déséquilibres dans notre monde, ce que nous sommes en train de vivre est lié au déséquilibre climatique que notre mode productif international a généré. Donc nous devons y répondre parce que tout est lié et si on veut traiter des questions de l'Afrique, du développement, de l'industrie et du climat de manière séparée, je pense que ça n'a aucun sens", a déclaré Emmanuel Macron samedi.

Immédiatement, il a essuyé une salve de critiques notamment sur les réseaux sociaux, venant entre autres de représentants de la droite.

 

Le climat exacerbe les conflits

Pourtant, selon plusieurs spécialistes, le changement climatique contribue bel et bien à créer des conditions favorables au terrorisme et au crime organisé. Dès 2007, la Défense américaine a ainsi officiellement considéré le changement climatique comme un "multiplicateur de menaces". C’est également la conclusion d’un récent rapport (1) mené par un think tank allemand, Adelphi, avec le soutien du ministère des Affaires étrangères allemand. Intitulé "Insurgence, terrorisme et criminalité organisée dans un monde réchauffé", il montre comment le réchauffement "converge avec d’autres risques (pénurie de ressources, croissance démographique…)" pour accroître l’éclatement d’une crise, voire d’un conflit armé. 

"Le changement climatique ne crée pas de terroristes, mais il aide à instaurer un environnement dans lequel les terroristes peuvent opérer plus librement", notent les auteurs de l’étude. "Il augmente la pression sur des gouvernements fragilisés permettant aux groupes terroristes de prospérer et détruit les moyens de subsistance rendant les personnes plus vulnérables au recrutement", précisent-ils.  

L’exemple du lac Tchad

Dans la région du lac Tchad par exemple, de sévères sécheresses ont provoqué un rétrécissement du lac - il est passé de 25 000 km² avant 1973 à 2 000 km² aujourd’hui - privant les populations locales d’une ressource essentielle. Ajouté à la surexploitation des sols et à la croissance démographique, ce phénomène a plongé les populations dans une extrême pauvreté, facilitant ainsi le contrôle de la région et le recrutement par le groupe terroriste Boko Haram. 

"Les groupes terroristes utilisent de plus en plus les ressources naturelles comme une arme de guerre, en contrôlant leur accès et en exacerbant leurs pénuries. Plus les ressources sont rares, plus le pouvoir est donné à ceux qui les contrôlent", expliquent les auteurs.

Le 31 mars dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a d'ailleurs adopté une résolution sur la région du lac Tchad. Celle-ci reconnaît le rôle du changement climatique sur l’instabilité de la région et la nécessité d'évaluer de façon adéquate la gestion de ces risques.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Rapport Adelphi


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