Publié le 31 octobre 2020

ENVIRONNEMENT

[Science] Restaurer un tiers des zones dégradées, solution la plus efficace pour préserver le climat et la biodiversité

Et si la solution était la restauration ? Grande oubliée des politiques et des financements climat, la restauration des zones dégradées pourrait pourtant s'avérer comme la solution la plus efficace et la moins coûteuse pour à la fois lutter contre le changement climatique et préserver la biodiversité. Un seuil de 30 % de terres restaurées permettrait d'absorber autant de carbone qu'émis depuis la révolution industrielle et d'éviter 70 % des extinctions d'espèces. 

Solutions fondees sur la nature restauration istock
Restaurer 30 % des terres les plus dégradées permettrait d’absorber l'équivalent de la moitié des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle.
@RomoloTavani

Chaque minute dans le monde, l’équivalent de 23 hectares de terres sont dégradées. Or, une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique Nature, révèle que la restauration de 30 % des terres les plus dégradées, combinée à la préservation des écosystèmes encore intacts, auraient des effets considérables dans la lutte contre le changement climatique et la préservation de la biodiversité. Elle permettrait d’absorber l'équivalent de la moitié des émissions de gaz à effet de serre depuis la révolution industrielle, soit environ 465 gigatonnes de CO2, et empêcherait 70 % des extinctions d’espèces.

"Nous avons été surpris par l'ampleur de ce que nous avons trouvé - l'énorme différence que la restauration peut faire", a déclaré Bernardo Strassburg, auteur principal de l'étude. "La plupart des domaines prioritaires sont concentrés dans les pays en développement, ce qui peut être un défi mais signifie également qu’ils sont souvent plus rentables à restaurer." L’étude démontre que ces solutions fondées sur la nature se révèlent parmi les plus efficaces mais sont aussi quatre fois moins chères que les solutions technologiques.

1 % des financements vont à la restauration

Cette restauration ne doit toutefois pas se faire au détriment de l’agriculture, qui compte parmi l’un des principaux facteurs de dégradation. "Si la restauration est effectuée correctement, elle peut augmenter la productivité agricole, estime au contraire le chercheur. Nous pouvons produire suffisamment de nourriture pour le monde et restaurer 55 % de nos terres agricoles actuelles, grâce à une intensification durable de l'agriculture".

Autre point de vigilance, la plantation d’arbres, aujourd’hui largement plébiscitée. "Si vous plantez des arbres dans des zones où les forêts n'existaient pas auparavant, cela atténuera le changement climatique, mais au détriment de la biodiversité" alerte encore Bernardo Strassburg. Dans le monde, il y a deux milliards d'hectares de terres potentielles à restaurer qui sont soit légèrement ou sévèrement dégradées, selon la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification (CNULCD). Mais environ 1% seulement du financement consacré à la crise climatique mondiale va à la restauration de la nature.

L’enjeu de la prochaine COP15 de la Convention sur la diversité biologique (CDB), qui se tiendra en mai 2021 à Kunming, en Chine, sera de faire croître ce pourcentage. Dans le projet de cadre mondial, qui doit être adopté au niveau mondial, l’un des objectifs phare vise à placer au moins 30 % de la surface de la Terre (terres et mers) sous statut de conservation d'ici 2030, ce qui ne revient pas explicitement à restaurer 30 % des terres les plus dégradées. En outre, de nombreux scientifiques appellent quant à eux à aller jusqu'à protéger la moitié de la planète.

Concepcion Alvarez @conce1


© 2022 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

ENVIRONNEMENT

Climat

Les alertes sur le changement climatique lancées par les scientifiques conduisent à l’organisation de sommets internationaux, à la mise en place de marché carbone en Europe mais aussi en Chine. En attendant les humains comme les entreprises doivent déjà s’adapter aux changements de climat dans de nombreuses parties du monde.

Inondations Jakarta Indonesie avril 2019 DasrilRoszandi NurPhoto 01

À cause du changement climatique, l’Indonésie déménage officiellement sa capitale

Jakarta, engloutie par les eaux en raison du changement climatique et de l'urbanisation galopante, va bientôt perdre son titre de capitale indonésienne. Les députés viennent officiellement d'approuver le projet du Président Joko Widodo de la transférer sur l'île de Bornéo. Il promet que Nusantra, la...

Doomsday Clock 2022

Horloge de l’Apocalypse : il est minuit moins cent secondes avant la fin du monde

Il ne reste plus que cent secondes à l'humanité avant la fin du monde, selon l'Horloge de l'Apocalypse, qui vient d'être réactualisée. Celle-ci a été créée il y a 75 ans pour alerter sur les crises mondiales qui mettent en péril l'humanité. Changement climatique, armes nucléaires, pandémie et...

Justice pixabay cco

Justice climatique : Après la condamnation de Shell aux Pays-Bas, une trentaine de multinationales dans le viseur

BP, RWE, Unilever... 30 gros groupes carbo-intensifs sont visés par l'ONG Milieudefensie. Cette dernière, qui a réussi, pour la première fois au monde, à contraindre une multinationale à rehausser ses ambitions climatiques en passant par la voie judiciaire, compte bien continuer sur sa lancée. Elle...

+50°C en Australie, +43°C en Argentine, +44°C en Uruguay : la planète brûle

Une chaleur étouffante s'abat dans l'hémisphère sud, de la côte ouest de l'Australie jusqu'à l'Argentine, en passant par l'Uruguay où un nouveau record vient d'être battu. Les températures dépassent la barre des 40°C, voire même des 50°C comme ce fut le cas en Australie, menaçant la santé des...