Publié le 01 mars 2022

ENVIRONNEMENT

"Perdre du temps, c’est périr" : le rapport choc du Giec suscite une vague de réactions

Alors que le monde a les yeux rivés sur l'invasion de l'Ukraine, une autre actualité vient encore plus ternir le tableau, celles des conclusions alarmantes du nouveau rapport du Giec sur les impacts du changement climatique et l'adaptation. Les appels à l'action se multiplient dans le monde entier, du secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres qui a qualifié de "criminel" le manque de leadership des grands pollueurs, jusqu'aux États insulaires les plus touchés : "Nous fonçons vers l'abîme". 

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Un milliard de personnes pourraient vivre d'ici à 2050 dans des zones côtières à risque.
©DasrilRoszandi/AFP

"Vous ne pouvez pas le lire sans avoir la boule au ventre", a témoigné Teresa Anderson d’ActionAid International en prenant connaissance du nouveau rapport du Giec, ce groupe intergouvernemental d’experts sur le changement climatique. En pleine guerre en Ukraine, ce rapport choc s’est trouvé une petite place dans le paysage médiatique mais les réactions se sont multipliées partout dans le monde pour appeler à agir. Car les conclusions sont pour le moins dramatiques. 

Les experts estiment en effet que la moitié de la population mondiale, soit entre 3,3 et 3,6 milliards de personnes, sont déjà "très vulnérables" aux conséquences du changement climatique. Extinction des espèces, augmentation des maladies, pertes agricoles, impacts irréversibles sur la santé, submersion… le rapport dresse un bilan cauchemardesque des ravages de la crise climatique. "Ce rapport est un terrible avertissement sur les conséquences de l'inaction", a déclaré Hoesung Lee, le président du Giec.  

Un "recueil de souffrance humaine"

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a d’ailleurs qualifié ce travail de "recueil de la souffrance humaine". Il a pointé du doigt "les plus grands pollueurs du monde qui mettent le feu à la seule maison que nous ayons". "De nombreux écosystèmes ont atteint le point de non-retour - aujourd’hui et maintenant […]. Les faits sont là, indéniables. Cette abdication de leadership est criminelle", a-t-il ajouté dans un message vidéo. "Perdre du temps, c’est périr. Chaque degré compte".

Et de fait, les pays les plus touchés par le changement climatique, à l’instar de l’État insulaire du Kiribati dans l’Océan Pacifique, ont témoigné de cette réalité. "Mon peuple du Kiribati paye le prix de l'addiction du monde aux énergies fossiles. Malheureusement, notre capacité à s'adapter est sévèrement réduite par notre manque de ressources. J'ai vu des habitants construire des barrages de coraux contre la mer car ils n'ont rien d'autre à disposition", a déclaré l’ancien président Anote Tong. "Nous fonçons toujours vers l’abîme", se désole l’Alliance des petits Etats insulaires (AOSIS).

Appel à une aussi forte mobilisation que pour la guerre en Ukraine

Les inégalités climatiques entre les pays ont été largement documentées dans ce rapport qui porte essentiellement sur les impacts du changement climatique et l’adaptation. Dans un communiqué, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili a expliqué que la France "prend toute sa part de l’effort". Pourtant aujourd’hui, les pays riches n’ont pas tenu leur promesse d’aides financières aux pays en développement pour leur permettre d’investir dans l’adaptation au changement climatique.  

"Cette décennie est cruciale dans la lutte contre le changement climatique et notre fenêtre d’opportunité se referme. Elle commande de passer des petits pas cosmétiques à un changement systémique de modèle économique et social, fondé sur un partage de l’effort équitable", a appelé le porte-parole climat de Greenpeace, Clément Sénéchal. "Le changement climatique nécessite une réponse globale et une solidarité sans faille entre les États et les peuples. La paix universelle est donc la condition sine qua non de l'action climatique."

Prenant pour exemple la mobilisation de l’Union européenne face à l’invasion russe en Ukraine, Albin Wagener, expert en humanités numériques, a espéré qu’une "fois la guerre passée, et en lui souhaitant un dénouement heureux, l’UE sera aussi prompte et efficace à réagir face au changement climatique et à l’accueil nécessaire de tous les réfugiés qui fuient leur pays". En septembre dernier, la Banque mondiale estimait que d’ici 2050, entre les pénuries d’eau, l’élévation du niveau de la mer ou encore la baisse des rendements agricoles, le nombre de réfugiés climatiques atteindrait 216 millions de personnes. 

Marina Fabre Soundron @fabre_marina avec AFP


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