Publié le 12 octobre 2018

ENVIRONNEMENT

Les "papy boomers" sont-ils des "papy flingueurs" du climat ?

L’alerte du GIEC sur le climat ne fera sans doute pas bouger cette génération née après la guerre qui voit encore le progrès et la croissance dans les reflets irisés du pétrole, à l’image de Donald Trump et sa cohorte de ses conseillers économiques qui ont tous ou presque dépassé les 70 ans. Laisser la place aux Millenials est une condition sine qua non pour changer le logiciel de lecture du monde nouveau.

Donald Trump maison Blanche SaulLoeb AFP
Donald Trump, Président des États-Unis, avec le Vice-Président Mike Pence et les conseillers Wilbur Ross et Peter Navarro.
@SaulLoeb/AFP

J'appartiens à la génération X qui toute sa vie durant va devoir ramasser les poubelles de celle qui l'a précédé : les baby boomers. Cela a commencé par du mépris puisqu'ils nous ont appelés, en France, la Bof Génération sous prétexte que nous n’avions pas "fait" mai 68. Mais aujourd’hui l'heure est plus grave.

On sous-estime le poids du conflit de génération dans notre incapacité à suivre l’injonction du GIEC, les experts de l’ONU sur le climat, de changer radicalement notre modèle économique en nous sevrant des énergies fossiles. Prenons l’exemple d’un des plus grands défenseurs du statu quo : Donald Trump qui a 72 ans. Il a pour conseillers économiques Peter Navarro, 69 ans, Robert Lighthizer, 71 ans, Wilbur Ross, 81 ans et Larry Kudlow, 71 ans. Son avocat Rudolf Giulani affiche 74 ans. Tous partagent, au minimum, la nostalgie du monde de leurs 20 ans, les années 60, où le progrès avait la couleur vive du plastique et l’odeur du pétro-dollar.

L’essor des fils spirituels

D’aucuns rétorquent que l’on trouve aussi des papys boomers combattants climatiques à l’image d’Al Gore (70 ans) ou de Michael Bloomberg (76 ans). C’est vrai mais les mâles dominants, qui défendent bec et ongle un modèle condamné à ruiner la planète, ont des fils spirituels. L’objectif est de les amener à des fonctions clefs pour perpétuer le modèle. Deux exemples récents : Brett Kavanaugh (53 ans), nommé à la Cour Supreme par Donald Trump, ou Jair Bolsonaro (63 ans) qui pourrait être le prochain président du Brésil avec un programme anti-climat assumé.

Comment changer le logiciel de ces papys flingueurs qui l’ont transmis à leurs fils et petit-fils ? En permettant aux Millenials d’infiltrer les réseaux de décideurs. En invitant à la table ce milliard de jeunes d’une vingtaine d’années dont 90 % vivent dans les pays émergents, on pourrait redonner l’enthousiasme et l’optimisme nécessaire pour sauver la planète. C'est la thèse défendue par Gilles Vermot-Desroches dans son livre paru cet été "Le Printemps des Millenials".

Procès en climaticide

Il explique que le seul moyen de déployer à grande échelle les solutions dont nous avons besoin est de s’appuyer sur cette génération qui utilise le digital pour inventer d’autres moyens de produire et consommer et donc changer le monde à sa manière.

Pour se faire entendre, les Millenials ont d’ores et déjà commencé à intenter des procès en climaticide aux générations qui les précèdent. Même aux États-Unis ils sont en passe de gagner cette bataille judiciaire. Mais si la génération "Après-moi le déluge" passe outre et garde encore les rênes, sa responsabilité dans le désastre environnemental sera immense. Certes, mais elle ne sera plus là pour en payer le prix.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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