Publié le 19 mai 2021

ENVIRONNEMENT

Fin des voitures thermiques : la France prend du retard et met en danger son objectif de neutralité carbone

[La loi climat mise à l'épreuve] Impossible d'adresser la question de la neutralité carbone sans s'attaquer aux voitures roulant à l'essence ou au diesel. Si la loi Mobilités de 2019 acte pour 2040 la fin de la commercialisation des voitures thermiques, le projet de loi Climat et résilience prévoit une première étape à 2035 pour les véhicules les plus polluants. Mais la mesure est insuffisante pour atteindre les objectifs climatiques. Alors que le projet de loi a été voté début mai à l'Assemblée nationale, Novethic en décrypte les mesures phares.

IStock Canetti Istock voiture trafic
Les émissions de CO2 des voitures et des camions représentent plus de 70% des émissions liées au transport en France.
IStock/ @Canetti

Fin de course pour les voitures thermiques. Alors que le secteur du transport représente près d'un tiers des émissions de CO2 en France, dont 54 % sont liées aux voitures des particuliers et 21 % aux camions, la fin des véhicules roulant à l'essence ou au diesel est inévitable pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Voté à l’Assemblée nationale début mai, il s’attaque aux véhicules les plus polluants en actant la fin de la vente des voitures neuves émettant plus de 123 mg/km de CO2 (WLTP) d’ici 2030. Une mesure moins ambitieuse que celle défendue par la Convention citoyenne pour le climat, qui souhaitait la fin des véhicules les plus émetteurs dès 2025.

Il s’agit d’un premier pallier avant la fin de la commercialisation de l’ensemble des voitures thermiques légères roulant à l’essence, au diesel ou au gaz naturel, d’ici 2040, prévue dans la loi d’Orientation des Mobilités votée en 2019. Dans le cadre de la loi Climat et résilience, les députés ont élargi le domaine d'application des mesures, en votant un amendement soumettant les poids lourds au même calendrier. Avec une incertitude : celle de ne pas avoir les moyens matériels pour tenir le cap, alors que 600 000 camions roulent actuellement au diesel. "À quelle échéance serons-nous capables de massifier la production" de poids lourds hydrogène, et "à des prix raisonnables ?" s’est interrogé Jean-Michel Sermier, député LR, lors de l'examen du texte. 

La France en retard

La mesure n’est cependant pas assez ambitieuse pour coller aux objectifs climatiques de l’Hexagone. Dans un rapport publié le 18 mai, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime ainsi que pour aller vers la neutralité carbone en 2050, la vente de voitures thermiques neuves doit cesser dès 2035. L’agence estime que les voitures électriques doivent atteindre "20 % de toutes les voitures sur les routes d’ici 2030, et 60 % en 2040 (contre 1 % aujourd’hui)". La France se place légèrement au-dessus de la moyenne internationale : sur les 38 millions de voitures en circulation, 2,3 % ont aujourd'hui des motorisations dites alternatives (électrique, hybride…). Mais l'enjeu reste colossal.

La France pourrait d'ailleurs se faire rattraper par l’Europe, puisque la Commission Européenne travaille actuellement sur une proposition de loi, qui sera soumise en juin, visant l'interdiction de la vente des véhicules thermiques neufs dès 2035. La circulation des voitures les plus polluantes dans l’Hexagone s’annonce de toute façon de plus en plus ardue. La ville de Paris a par exemple annoncé vouloir interdire les moteurs diesel à la circulation dans les rues de la capitale dès 2024. Le projet de loi Climat et résilience prévoit aussi la création de 45 Zones à Faible Émissions (ZFE) d'ici trois ans sur l'ensemble du territoire, contre 10 actuellement. Ces zones pourront appliquer le dispositif des vignettes Crit'Air pour écarter de la circulation les véhicules les plus émetteurs.

D’autres pays en Europe sont déjà en train de montrer la voie. En 2018, le Danemark a été le premier a annoncé la fin de la vente de nouveaux véhicules thermiques d’ici 2035. La Norvège l’a suivi en annonçant les mêmes mesures pour 2025. D'autres revoient leurs ambitions à la hausse : en novembre 2020, le Premier ministre britannique Boris Johnson a avancé de 2040 à 2030 l'interdiction des ventes de nouveaux véhicules essence et diesel au Royaume-Uni.

Pauline Fricot, @PaulineFricot


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