Publié le 18 mai 2021

ÉNERGIE

Pour l’Agence internationale de l’énergie, tous les nouveaux projets pétroliers et gaziers sont désormais indésirables

C’est un message inédit et historique. L’Agence internationale de l’énergie (AIE), référence pour des dizaines de pays dans le monde, assure que l’atteinte de la neutralité carbone en 2050 et la limitation du réchauffement à 1,5°C d’ici la fin du siècle impose immédiatement la fin de tous les nouveaux projets d’exploration d’énergies fossiles. Pour les experts de l’Agence, l’avenir passera par l’électricité et les renouvelables.

Pompage petrole CC0
Pour l'AIE, le respect des engagements de neutralité carbone induise de ne plus chercher d'énergie fossile désormais.
@CC0

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) est écoutée très attentivement par de nombreux États pour justifier et orienter leur politique énergétique et par extension climatique. Or beaucoup d’experts ont souvent accusé l’organisme international d’être trop timide, trop conservateur dans ses scénarios en matière d’énergies renouvelables ou de déploiements des véhicules électriques par exemple. Ce temps-là est révolu. Alors qu’à l’approche de la COP26, pays et entreprises promettent la neutralité carbone entre 2040 et 2050, l’AIE explique ce qu’il en coûtera réellement dans un nouveau rapport publié le 18 mai.

Il s’agit d’oublier dès maintenant tous les projets d'exploration pétrolière ou gazière. "Au-delà des projets déjà engagés en 2021, notre trajectoire ne prévoit aucun nouveau site pétrolier ou gazier", écrivent les experts de l’AIE. "La baisse rapide de la demande de pétrole et de gaz naturel signifie qu'il n'y a pas d'exploration requise et qu'aucun champ gazier et pétrolier nouveau n'est nécessaire au-delà de ceux déjà approuvés". C’est un coup de tonnerre pour toute l’industrie pétrolière.

5000 milliards de dollars

L’avenir sera électrique, assure l’AIE. Il faudra aussi ne plus vendre de voitures thermiques neuves après 2035. Il sera nécessaire d’installer d'ici à 2030 quatre fois plus de capacités solaires et éoliennes annuelles qu'en 2020, année record. Pour 2050, l'Agence voit ainsi 90 % de l'électricité venir des renouvelables, et une large part du reste du nucléaire. Pour ce qui est de l’énergie, les ressources fossiles n’en fourniraient plus que 20 %, contre 80 % aujourd’hui. Telles sont les conditions minimums pour avoir une chance de limiter le réchauffement climatique à 1,5°C.

"L'ampleur et la rapidité des efforts requis par cet objectif critique et formidable - notre meilleure chance d'affronter le changement climatique et de limiter le réchauffement global à 1,5°C - en font peut-être le plus grand défi que l'humanité ait jamais eu à relever," admet le directeur de l'AIE, Fatih Birol. Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon le rapport, cette transition demande d’atteindre 5 000 milliards de dollars d’investissement annuels d'ici à 2030 dans le secteur électrique, contre 2 000 milliards actuellement. Cela ajouterait 0,4 point de croissance par an au PIB mondial, indique l'AIE dans une analyse menée avec le FMI. Et il y aurait des dizaines de millions de créations d’emplois.

Reste un énorme point noir à régler dans cette trajectoire : celui des métaux et des terres rares, indispensables à la transition. Il y a quelques semaines, l’AIE évoquait, d’ici 2040, une consommation multipliée par 40 pour le lithium, par 20 pour le nickel, par 7 pour le manganèse. Des besoins énormes pour des matières parfois inégalement répartis sur terre et dont l’extraction se fait, selon les pays, dans de mauvaises conditions sociales ou environnementales.

Ludovic Dupin avec AFP


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