Publié le 12 août 2020

ENVIRONNEMENT

La fonte du permafrost détruit les villes et les infrastructures industrielles de l'Arctique

La fonte du permafrost, sol gelé toute l'année au nord du globe, en particulier en Sibérie, menace des villes entières. En premier lieu Yakoutsk, la plus grande cité construite sur du permafrost. Plusieurs immeubles ont déjà été détruits par le dégel et des infrastructures industrielles se sont écroulées créant des catastrophes écologiques. Le coût de l'adaptation est estimé à 100 milliards de dollars d'ici 2050.

Ville permafrost degl MARC GARANGER AURIMAGES VIA AFP
Dans la ville de Yakoutsk, aux abords de la centrale thermique, les maisons en bois, sont bâties sur le permafros
MARC GARANGER / AURIMAGES VIA AFP

C’est une catastrophe écologique "sans précédent", selon le gendarme russe de l’environnement. Le 29 mai dernier, 20 000 tonnes d’hydrocarbures ont fuité dans une rivière de l’Arctique près de la ville de Norilsk. L’un des réservoirs de diesel d’une des centrales thermiques de NTEK, filiale du géant minier Norilsk Nickel, s’est en effet effondré. Selon le groupe, c’est la fonte du pergélisol (permafrost en anglais) qui aurait endommagé la centrale thermique. Ce sol, gelé toute l’année, recouvre plus d’un quart des terres émergées de l’hémisphère nord. Les températures de plus en plus élevées dans l’Arctique font craindre une multiplication de ce type de catastrophe.

La Russie est en première ligne. Le permafrost recouvre 65 % de son territoire. Yakoutsk, situé au nord-est de la Sibérie, est la plus grande ville du monde construite sur cette couche de glace. Alors que la région suffoque actuellement avec des records de chaleur et des centaines de feux de forêt, se réchauffant deux fois plus vite que la moyenne mondiale, un immeuble résidentiel de deux étages s’est brisé dans la capitale du permafrost. "Cela a commencé à quatre heures du matin avec des crépitements. Nous avons compris que le bâtiment était en train de se disloquer", rapportent des habitants de l’immeuble à Siberian Times.

Quatre millions de personnes concernées

"Certaines de nos villes ont été construites au nord du cercle polaire arctique, sur le permafrost. S'il commence à dégeler, vous pouvez imaginer les conséquences que cela aurait. C'est très sérieux", a reconnu le président russe Vladimir Poutine le 15 juin dernier. Selon une étude publiée dans la revue Nature Communications en 2018, quatre millions de personnes seraient concernées et 70 % des infrastructures actuelles de la zone présente un risque face au dégel.

La plupart des bâtiments ne sont pourtant pas directement construits sur le permafrost. Ils reposent sur des "pieux" en bois, métal ou bétons profonds qui permettent de stabiliser les infrastructures. La chaleur générée par le bâtiment n’affecterait ainsi pas le permafrost. Mais cela ne semble pas suffire. Selon une étude russo-américaine publiée en 2016, avec la fonte du pergélisol, on pourrait ainsi assister à une réduction de 75 % à 95 % de la portance des sols d’ici 2050, c’est-à-dire de leur capacité à supporter le poids des constructions.

"L'effet du changement climatique n'a pas été pris en compte correctement"

"Dans la plupart des cas, l'effet du changement climatique n'a pas été pris en compte correctement ou pas du tout, donc l'histoire ne concerne pas la chute d'un bâtiment, même s'il existe des exemples de cela, mais des milliers de personnes vivant dans des bâtiments susceptibles de tomber", a déclaré au Guardian Dmitry Streletskiy, professeur adjoint de géographie à l'Université George Washington.

Les constructions industrielles, très présentes dans la région, sont aussi concernées et jouent un rôle primordial dans l’économie russe. La fonte du permafrost représente un double enjeu pour les autorités. D’un côté, elle permet de libérer des espaces pour les navires de commerce et facilite l’accès au pétrole et au gaz sous la mer. De l’autre, il s’agit de stabiliser les infrastructures existantes mais cela coûte cher. Selon une étude publiée en 2019 et relayée par le New York Times le coût serait de 100 milliards de dollars d’ici 30 ans. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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