Publié le 27 août 2018

ENVIRONNEMENT

L'Australie choisit le charbon contre le climat

Après avoir renoncé à inscrire dans la loi les engagements de l’accord de Paris sur le climat, le gouvernement australien choisit un nouveau premier ministre connu pour ses positions pro-charbon. Et ce, alors que le pays, l’un des plus émetteurs de gaz à effet de serre, traverse aujourd’hui une très grave sécheresse.

Australie secheresse pixabay
L'Australie est en proie à une sécheresse intense, due au changement climatique.
@pixabay

L’Australie va-t-elle suivre la voie des Etats-Unis sur le climat ? Le pays est en proie à une crise politique déclenchée en partie par son absence de politique énergétique et climatique. Le remplacement du Premier ministre vendredi 24 août en annonce sans doute la trêve mais les conséquences sur le climat pourraient être plus durables…

Petit retour en arrière. Le 20 août, une fronde des élus de la majorité gouvernementale fait renoncer le Premier ministre de l’époque, Malcom Turnbull, à faire adopter une loi engageant le pays sur ses objectifs climatique pris dans le cadre de l’Accord de Paris. Le texte devait permettre de fixer, au niveau fédéral, une réduction de 26% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à celles de 2005.

L’Australie, gros émetteur de gaz à effet de serre

Ces objectifs étaient déjà jugés comme très insuffisants par les associations environnementales. Ils figurent parmi les plus faibles des pays développés. Pourtant l’Australie est un très gros émetteur. Selon Climate Analytics, le pays est responsable de 1,46 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde.

Près de 95% de l’énergie produite dans le pays provient des ressources fossiles. Au cœur du mix australien : le charbon. Même si sa part s’est réduite cette dernière décennie, le combustible le plus émetteur de gaz à effet de serre compte encore pour 75% de la production nationale d’énergie et près des deux tiers de la production électrique. Le pays, qui dispose des quatrièmes réserves mondiales de charbon, en est le premier exportateur au niveau mondial.

Autant dire que le charbon est au centre des questions économiques, et donc politiques de l’Australie. La majorité gouvernementale, libérale, est elle-même divisée entre les pro-charbon et les plus modérés, prêts à accepter des mesures de réduction des émissions qui pénaliseraient le combustible.

Victoire des pros-charbon

Les pros viennent de gagner une nouvelle manche. La fronde de ce mois d'août a été menée par l’ancien premier ministre Tony Abott, qui avait certes signé l’Accord de Paris mais s’est toujours illustré par la défense de l’industrie minière. Elle s'est notamment appuyée sur le mécontentement des Australiens face à la hausse de leur facture d’électricité.

C’est donc l’un de ces pro-charbons qui vient de succéder à Malcom Turnbull. Nommé vendredi 24 août, Scott Morrison, est l’ancien ministre des Finances. Son fait d’armes sur le sujet date de l’an dernier et a fait les gros titres de la presse australienne. En février 2017, le ministre apporte un morceau de charbon à la chambre des représentants, accusant les élus de l'opposition mettant en avant les impacts environnementaux du combustible d’être guidés par une "peur idéologique et pathologique". Et il l’a répété à plusieurs reprises, il est opposé à toute taxe carbone.

Un pays déjà touché par le changement climatique

Ira-t-il jusqu’à faire sortir le pays de l’Accord de Paris ? La plupart des observateurs ne le pensent pas. Pour autant, la politique climatique de l’Australie risque d’être une simple coquille vide. Sa politique énergétique est considérée comme floue si ce n'est inexistante et conduit aujourd’hui à des hausses d’émissions de CO2. Les trois premiers mois de 2018 ont été les plus émetteurs de carbone depuis 2002, date à laquelle elles ont fait l’objet de statistiques.

L'Australie paye pourtant déjà le prix du changement climatique. Le pays fait face à la pire sécheresse depuis un demi-siècle. Une catastrophe pour les agriculteurs du pays mais aussi pour la population, soumises à de sévères restrictions d’usage de l’eau.

Béatrice Heraud @beatriceheraud 

 

 


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