Publié le 10 septembre 2021

ENVIRONNEMENT

Cop26, UICN : sans les populations non vaccinées, les négociations internationales sont réservées aux pays riches

Le pass sanitaire, indispensable pour participer aux conférences internationales organisées en Europe, manque cruellement aux populations qui n’ont pas accès au vaccin. Cela empêche les délégations africaines, asiatiques ou sud-américaines d’espérer participer aux débats qui les concernent au premier chef sur la lutte contre le changement climatique ou la disparition de la biodiversité. Les ONG alertent sur cette nouvelle source de déséquilibre dans les négociations internationales.   

Climat manifestation ouganda ISAAC KASAMANI AFP
Les activistes climatiques en Ouganda craignent de ne pouvoir participer aux grands rendez-vous internationaux sur le climat à cause d'un accès limité aux vaccins dans leur pays.
ISAAC KASAMANI / AFP

Après le COVID 19, le vaccin a refermé les frontières et limité la circulation des personnes venant plus particulièrement de zones où le vaccin est à peine accessible ce qui est le cas dans une grande partie du continent africain mais aussi dans de nombreux pays où l’accès aux doses de vaccin est très limité. Or le congrès de l’UICN à Marseille comme la COP 26 à Glasgow en Écosse, exigent le pass sanitaire.

Comment plaider la cause de ceux et celles qui sont les premières victimes du réchauffement climatique, de la déforestation et de la destruction de la biodiversité sans participer à ces évènements ? Comment leur conserver une dimension internationale où des acteurs du monde entier échangent sur des crises environnementales qui sont toutes planétaires ? En reportant la COP 26, programmée la première quinzaine de novembre, suggèrent les ONG environnementales comme les Amis de la Terre ou Climate Action Network. "La justice climatique suppose que les personnes les plus touchées par la crise climatique puissent participer aux négociations."

Les pays pauvres en première ligne 

S’il est trop tard pour l’UICN à Marseille, les inquiétudes montent au sein des délégations des pays émergents privés d’informations sur les moyens d’accéder au vaccin contre le Covid 19 pour la COP 26. Au 1 er septembre le gouvernement britannique n’avait délivré aucune dose aux futurs participants de la conférence. Climate Home News qui a contacté des activistes climatiques au Nigeria, au Sénégal, au Kenya, au Pakistan et Argentine, explique que "tous n’ont aucune garantie de pouvoir être vaccinés à temps. C’est une vraie menace sur la participation de la partie la plus pauvre du monde à cette négociation clef pour tenter de tenir l’objectif de l’Accord de Paris."

Cas de figure ubuesque, celle de Yusuf Baluch, activiste climatique pakistanais de 17 ans. Il appartient au groupe Fridays for Future (Vendredi pour l’avenir) de Mapa et porte la voix des zones les plus touchées par le changement climatique. "Dans mon pays, mon âge m’interdit la vaccination. Du coup je dois avoir au moins dix jours de quarantaine à mon arrivée puisque le Pakistan a un code rouge. Je n’ai pas d’informations claires et c’est très frustrant de devoir se focaliser sur cette question de pass sanitaire et de vaccin au lieu de préparer cette négociation sur le climat si importante pour notre avenir."

L’épidémie de COVID 19 a été une première alerte montrant que les crises actuelles sont planétaires et ne peuvent être endiguées par des frontières. Les catastrophes climatiques de l’été ont enfoncé le clou puisque tous les pays sont touchés y compris au cœur de l’Europe comme l’Allemagne. Il serait pour le moins paradoxal que la COP 26 supposée donner corps aux engagements pris en 2015 à Paris, laissent les pays les plus riches et les plus vaccinés discutés entre eux des conséquences d’un phénomène dont ils sont les premiers responsables en laissant de côté ceux qui le subissent de plein fouet. Ils les condamnent ainsi à une double peine : être issus de pays pauvres et ne pas avoir accès au vaccin ! Certaines ONG qualifient même cette COP de la plus "exclusive de tout les temps" en raison notamment des prix d'hôtels qui dépasseraient les 5 000 euros par semaine. Une barrière de plus. 

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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