Publié le 02 juin 2021

ENVIRONNEMENT

Avec les crises climatique et sanitaire, les aéroports sont sur la sellette

C'est fini pour Bromma. L'équivalent suédois de l'aéroport d'Orly va fermer ses portes. Paralysé par le Covid-19, mis à mal par le flygksam, ce mouvement qui consiste à boycotter l'avion pour des raisons écologiques... l'aéroport n'est plus viable économiquement. Bromma devient ainsi le symbole des menaces qui pèsent sur le secteur aérien à l'heure du changement climatique, alors qu'en France le gouvernement a mis un coup d'arrêt à l'extension de l'aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle.

Aeroport Rudy and Peter Skitterians de Pixabay
Les aéroports subissent de plein fouet l'impact de la pandémie.
Rudy and Peter Skitterians de Pixabay

L’aéroport de Bromma, le troisième plus grand aéroport de Suède, va fermer ses portes. Comme tout le secteur aérien, il a subi de plein fouet la pandémie. Alors qu’il accueillait 2,4 millions de passagers en 2019, Bromma, plutôt tourné vers les vols intérieurs, son trafic est depuis tombé en chute libre. Mais depuis des années déjà, son attraction diminue. En 2020, le gouvernement suédois a commandé un rapport au groupe Swedavia, qui gère une dizaine d’aéroports suédois, dont Bromma, sur sa viabilité.

"Compte tenu de la nouvelle situation du marché, la poursuite des opérations à Bromma n’est plus justifiée", écrivait Swedavia jugeant que l’aéroport n’était plus "économiquement viable". En cause, notamment, le mouvement flygskam, ce phénomène traduit par la "honte de prendre l’avion" né récemment en Suède. Il consiste à boycotter l’avion pour des raisons écologiques. La jeune activiste Greta Thunberg l’a popularisé en Suède et, prise en exemple, l’impact s’est fait rapidement ressentir. Dès 2019, l’opérateur Swedavia enregistrait une chute du trafic pour la première fois en 10 ans. L’Agence suédoise des transports indiquait, elle, une baisse de 6 % sur les vols intérieurs, au profit du train qui enregistrait une année record. Des arguments de taille pour les Verts qui composent la coalition de centre-gauche au gouvernement. 

Une tendance de fond

La Suède n’est pas un cas isolé. Partout dans le monde, les contestations se multiplient contre la création de nouveaux aéroports ou leur extension. En mars 2020, la cour d’appel d’Angleterre avait ainsi rejeté l’extension de l’aéroport londonien d’Heathrow, un des plus fréquentés d’Europe. La cour avait appuyé sa décision sur l’Accord de Paris, jugeant qu’il contrevenait à un objectif de 1,5°C de réchauffement. Si depuis la Cour suprême d’Angleterre est revenue sur cette décision, le jugement de la cour d’appel s’inscrit dans un mouvement plus large. 

En France par exemple, l’aéroport parisien Roissy-Charles-de-Gaulle qui prévoyait la construction à horizon 2037 d’un quatrième terminal pour augmenter la capacité de 40 millions de passagers par an ne verra finalement pas le jour. Jugé "obsolète" à l’heure du réchauffement climatique, l’État a choisi d’abandonner ce projet controversé dont le coût était estimé entre 7 et 9 milliards d’euros.  "Nous aurons toujours besoin des avions, mais il s'agit d'être dans une utilisation plus raisonnée de l'aérien, et d'atteindre une baisse des émissions de gaz à effet de serre du secteur", expliquait alors la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. 

Le "peak plane"

Pour réduire les émissions du secteur, la France a pris plusieurs mesures dont celle d’interdire les vols domestiques lorsqu’il existe une alternative en train de moins de deux heures et demie. Le secteur mise sur lui sur l’atteinte de la neutralité carbone d’ici 2050. Plus de 90 aéroports européens ont d'ailleurs revu leur ambition à la hausse en s'engageant à atteindre la neutralité d'ici 10 ans, mais aucun n'inclut les vols dans le calcul. Or la réduction du trafic aérien est une condition sine qua none à l'atteinte de la neutralité, affirme le cabinet B&L Evolution.

Le secteur aérien pourrait de toutes façons être obligé de réduire la voilure. Certains experts se demandent si le "peak plane", le pic d’avion, serait en train d’être atteint. Cela signifierait que le secteur de l’aviation a atteint un sommet à partir duquel le trafic va cesser d’augmenter. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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