Publié le 18 avril 2018

ÉNERGIE

Grève : l’avenir du fret SNCF est central dans la transition énergétique

En plein mouvement social des cheminots, le gouvernement ouvre un nouveau chantier : la filialisation de Fret SNCF. Le transport de marchandises est à la peine en France. Cette activité est lourdement déficitaire chez l'opérateur historique. Pourtant, le report modal de la route vers le rail est clé dans la transition énergétique. 

Le gouvernement et la SNCF annoncent la filialisation de fret SNCF pour le premier semestre 2020.
@SNCF

La tension est à son comble entre le gouvernement et les cheminots, alors que le pacte ferroviaire a été voté à l’Assemblée nationale le mardi 17 avril. C'est pourtant dans ce timing que l’exécutif ouvre un nouveau front en annonçant la réforme  de Fret SNCF, la branche de la SNCF dédiée au transport de marchandises. Cette activité s’est ouverte progressivement à la concurrence depuis 2006.

Pour le Premier ministre, Édouard Philippe, "la situation de notre pays en matière de transport de fret n'est pas bonne". Notant les bénéfices environnementaux et économiques du fret, "j’ai demandé à la ministre des Transports Élisabeth Borne de réfléchir à l'avenir du secteur (...), en mettant tous les éléments sur la table".

L’ancienne patronne de la RATP juge que "Notre pays a besoin de retrouver un fret ferroviaire fort (…) C’est un levier essentiel pour des transports plus écologiques". Elle rappelle qu'un train de fret, c'est 50 camions de moins sur la route.

Le fret en recul

En 2003, le fret ferroviaire représentait 18 % du transport de marchandises en France. 15 ans plus tard, il ne représente plus que 11 % du trafic. Quant à la branche Fret SNCF, elle a perdu 40 % de son marché et affiche une dette de 4,3 milliards d’euros (la dette totale de la SNCF est, quant à elle, supérieure à 50 milliards d’euros).

Pour la SNCF, la réforme à mener est bien claire. Il s’agit de filialiser Fret SNCF, tout en conservant le capital dans les mains de la SNCF. Dans un communiqué, l’opérateur historique explique que cette activité sera dotée "d’une personnalité juridique propre, société dont le groupe public ferroviaire détiendrait 100 % du capital. Dans un contexte de compétition très intense, ceci garantirait, l’avenir de l’opérateur de référence public et permettrait de fonctionner selon des règles économiques et financières de marché (…) La mise en œuvre de ce nouveau Fret SNCF pourrait intervenir au 1er semestre 2020".

Reste à savoir si une telle option permettra de favoriser le report modal de la route vers le chemin de fer. Dans une tribune (publiée avant l’annonce du gouvernement), Audrey Pulvar, présidente de FNH, dénonce une réforme ferroviaire qui ne favorise pas la transition écologique. Sur le cas du Fret elle s’interroge sur la raison pour laquelle "la France s'entête-t-elle à faire disparaître le fret ferroviaire, quand l'Allemagne (…) a choisi de développer ce mode de transport de marchandises efficace du point de vue énergétique et climatique".

Equilibre économique et environnement

Dans une tribune dans le journal Le Monde, Elwyn Sirieys et Pascal da Costa, de l’Ecole CentraleSupélec jugent que "l’ouverture à la concurrence (que prépare le Pacte ferroviaire, ndr) va entraîner la fermeture des petites lignes les moins fréquentées" et provoquer "un report modal massif sur la voiture dans les zones régionales délaissées. Si l’on veut respecter nos engagements climatiques, il est crucial que ce report se fasse vers des modes de transport propres ou électriques".

Car la question de la réforme du Fret, comme celle plus générale du pacte ferroviaire, doit être celle du climat et de l'environnement. La CGT met cet argument en avant dans son contre-projet. Selon le syndicat, "les enjeux sont tout d'abord environnementaux, d'aménagement du territoire et de développement industriel". 

Le gouvernement juge que la priorité est d'abord de rétablir l'équilibre économique du rail français en épurant la dette de la SNCF et Fret SNCF. Lors de ses deux allocations télévisées mi-avril, le Président a d'ailleurs confirmé la reprise de la dette par l'Etat. Audrey Pulvar de son côté assure que "le ferroviaire n'est pas l'ennemi de la finance publique, il est l'un de nos meilleurs alliés pour mener une transition écologique économiquement efficace".

Ludovic Dupin, @LudovicDupin


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