Publié le 04 juin 2014

EMPREINTE SOCIALE

Inde : la banque publique des femmes se développe

Six mois après sa création, la Bharatiya Mahila Bank, la première banque nationale à s’adresser en priorité aux femmes, a ouvert 23 agences. L’établissement public vise une meilleure inclusion financière des femmes dans la société indienne. Mais il peine encore à trouver son modèle économique.

Inde - banque de femmes - Chandigarh
Inauguration d'une succursale de la banque par sa PDG le 27 février 2014
© DR

A Nariman Point, le quartier des affaires situé dans le sud de Bombay, l’agence de la Bharatiya Mahila Bank n’a rien à envier à ses homologues Axis, HDFC, ICICI, dont les locaux sont situés à deux pas. Même adresse prestigieuse dans ce quartier d’affaires huppé où hôtels de luxe côtoient sièges sociaux de grandes entreprises, mêmes services – dépôts, emprunts, épargne, assurances… A une exception près : "87% de nos clients sont des femmes ", explique Usha Ananthasubramanian, la PDG de cette nouvelle banque détenue par l’Etat indien.

Un établissement inauguré en novembre 2013 par l’ancien premier ministre Manmohan Singh. Le conseil d’administration, lui, est entièrement composé de femmes, et les salariés sont à 55% des salariées.

 

26 % : c’est le nombre d’indiennes titulaires d’un compte en banque

 

La dirigeante affiche sa satisfaction : depuis sa création, la banque Bharatiya Mahila a ouvert 20 000 comptes, sur lesquels ont été placés 870 millions de roupies de dépôts (11 millions d’euros). Des chiffres modestes à l’échelle de l’Inde mais encourageants, selon Usha Ananthasubramanian : " jusqu’ici, les femmes ont été sous-considérées sur les questions d’argent ", estime-t-elle. Seules 26% des Indiennes déclarent en effet disposer d’un compte bancaire à leur nom.

Dans les foyers modestes, l’argent gagné par les femmes est souvent considéré comme appartenant à la famille. Elles n’en ont, la plupart du temps, pas le contrôle. " Les femmes pauvres ont pourtant toujours emprunté, économisé, mais de manière informelle, par exemple en ayant recours à l’usurier local. Il faut donc re-canaliser cet argent vers les réseaux financiers classiques ", développe Usha Ananthasubramanian.

La Bharatiya Mahila Bank veut croître en misant sur cette frange de la population jusqu’ici exclue des circuits bancaires traditionnels. Pour l’année fiscale à venir (du 1er avril 2014 au 31 mars 2015), la Bharatiya Mahila Bank projette de décupler son budget et d'ouvrir 34 nouvelles agences afin de quadriller tout le territoire national.

L’objectif affiché est d’atteindre le chiffre de 500 agences en 2017. Mais la banque pourra-t-elle se développer, au vu des faibles moyens de ses clientes ? " A terme, pour réaliser une véritable inclusion financière tout en étant viable, la banque Bharatiya Mahila devra opter pour un modèle économique low-cost avec des infrastructures minimales " considère Sawasti Chakravarty, journaliste économique spécialiste du micro-crédit et rédactrice en chef de Bhasha News, un groupe de presse consacré au développement.

 

Services personnalisés

 

C’est le gouvernement qui a porté la banque sur les fonts baptismaux. Il l'a doté d’une enveloppe de 10 milliards de roupies, l’équivalent de 120 millions d’euros. C’est la bonne santé de banques coopératives de femmes, qui opèrent à l’échelon local, qui a inspiré le projet. Les exemples de Sewa, dans l’Etat du Gujarat, ou Mann Deshi dans le Maharashra ont été mis en avant.

Créée en 1997 par l’activiste Chetna Gala Sinha, la banque Mann Deshi revendique ainsi 185 000 clientes. Des femmes pauvres, pour la plupart illettrées, dont le compte bancaire représente souvent la seule identité.

Sawasti Chakravarty explique le succès de ces structures par leur dimension : " leur taille réduite leur permet de proposer des services personnalisés, qui correspondent au mode de vie de leur clients ". Ainsi chez Mann Deshi, des représentants payés à la commission viennent quotidiennement collecter l’épargne des travailleuses au porte-à-porte.

La Bharatiya Mahila Bank propose elle aussi des produits financiers spécifiques. " Nous avons conçu des prêts afin de financer l’ouverture de crèches, de salons de coiffure et d’esthétique, ou de livraison de repas préparés par des femmes au foyer ", explique Usha Ananthasubramanian.

Les parents peuvent également y ouvrir un compte épargne pour leur fille, et placer dès la naissance de l’enfant des sommes dont le minimum s’élève à 50 roupies (environ 60 centimes d’euros). " Toutes les banques commerciales ont déjà des programmes pour les femmes chefs de PME (petite et moyennes entreprises, NDLR). Pour atteindre une véritable inclusion financière, la Bharatiya Mahila Bank ne doit pas oublier le secteur des micro-entreprises " conclut Sawasti Chakravarty.

Sophie Collet
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