Publié le 23 avril 2014

SOCIAL

Rana Plaza : qui va payer ?

C’est désormais sur la question des indemnisations que se concentre toute l’attention des acteurs de ce dossier. Un an après le drame, la grande majorité des 3600 victimes ou leurs familles n’ont toujours pas perçu de compensation financière de la part des marques. Une quinzaine seulement, sur les 29 qui avaient été invitées à s'engager, a accepté de participer au fonds d’indemnisation du Rana Plaza. Le point sur la situation.

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Chaîne humaine pour la demande d’indemnisation des victimes du Rana Plaza
© IndustriALL Global Union

« A ce jour, la plupart des victimes du Rana Plaza n’ont reçu aucune compensation car depuis un an, nous n’avons pas réussi à définir clairement les responsabilités dans le drame », souligne Sara Hossain, avocate à la Cour suprême bangladaise et membre de BLAST. Cette association locale de juristes bénévoles se bat aujourd’hui pour obtenir des compensations pour les victimes et définir les responsabilités juridiques du drame.

Il aura fallu des mois de négociations entre les autorités bangladaises, les entreprises donneuses d’ordre, des syndicats locaux et internationaux, l’organisation bangladaise des exportateurs de textile et des organisations non gouvernementales (ONG) locales et internationales, pour créer un fonds d’indemnisation pour ces victimes.

Placé sous l’égide de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), il est ouvert depuis décembre à toute entreprise, organisation, particulier, etc. qui voudrait volontairement faire une donation aux victimes du Rana Plaza, précise le Comité de pilotage du fonds. Le « Rana Plaza Donors Trust fund » ou « l’Arrangement », est un fonds « inédit, unique et collaboratif » souligne l’ONG Peuples solidaires ainsi que le Collectif Ethique sur l’étiquette. Les deux associations ont d’ailleurs œuvré à sa création.

La responsabilité, une question sous-jacente

A ce jour, seules 14 marques ou fondations (C&A, Camaïeu, Primark, Bonmarché, Premier Clothing, El Corte Inglès, Inditex (Zara), Mango, Mascot, Loblaw, BRAC USA (Asda, Gap foundation, Walmart, VF foundation, etc.), Kik, LPP SA, N Brown Group) sur les 27 marques identifiées comme ayant eu des commandes au Rana Plaza ont confirmé publiquement leur participation au fonds d’indemnisation. Certaines d’entre elles, comme C&A et Inditex, n’ont pourtant pas été identifiée comme clientes au moment du drame mais elles ont décidé de participer en tant qu’acheteur important au Bangladesh. D’autres, en revanche, dont les étiquettes ont bien été retrouvées sur place, refusent toujours d’abonder le fonds. Une conduite jugée inacceptable par Peuples solidaires qui a mobilisé plus de 100 000 personnes pour envoyer un message à Auchan, Carrefour et Benetton pour leur demander d’indemniser les victimes. Si les marques restent si réticentes à mettre la main à la poche, c’est en raison du lien qui serait fait, aux yeux du grand public, avec la reconnaissance d’une responsabilité dans le drame. Un argument qui semble fragile car les noms et les montants versés ne sont dévoilés qu’à la demande des donateurs. Le comité de pilotage précise de plus que la donation « n’implique pas de responsabilité ni d’obligation juridique concernant l’accident. Le fonds est l’expression du soutien aux victimes du Rana Plaza ».

Des montants qui restent encore insuffisants au regard des besoins

Depuis le 24 mars, un bureau d’enregistrement des réclamations installé dans le faubourg de Dacca où était implanté le Rana Plaza, a été mis en place pour permettre de traiter les premières indemnisations. Les personnes concernées sont contactées et invitées à se présenter au bureau. Une équipe juridique examine ensuite les réclamations pour déterminer leur recevabilité et ce à quoi elles donnent droit. Les premiers bénéficiaires devraient recevoir un premier versement minimum de 50 000 taka (450 €) avant le 24 avril. D’autres indemnisations (environ 4 au total) devraient suivre dans les prochains mois. Mais le montant reste insuffisant, estime Shila Begum, l’une des rescapée du drame. Agée de 25 ans, cette veuve ne peut plus travailler depuis la catastrophe. Elle a désormais épuisé ses ressources et ne peut subvenir à ses besoins et ceux de sa fille, qui est donc allée vivre chez sa sœur.

Chaque bénéficiaire recevra une indemnisation individuelle, calculée en fonction des circonstances particulières et de ses besoins (financiers et médicaux), sur la base d'une formule élaborée par des experts techniques, en conformité avec les normes de l'OIT. Au total, le montant nécessaire à une « indemnisation digne », couvrant les frais médicaux et la perte de revenus des survivants, est estimé par les différentes parties à 40 millions de dollars (30 millions €) minimum. Début avril, le montant récolté s’élevait à environ 15 millions de dollars.

Certaines marques privilégient un versement direct aux familles de victimes via leur fournisseur sur place ou le don à des associations. C’est le cas de l’anglaise Primark qui va verser, en plus du million apporté au fonds, 11 autres millions de dollars (9 millions €) aux 580 ouvriers (les victimes ou leurs familles), qui travaillaient pour son fournisseur New Wave Bottoms, situé au deuxième étage du Rana Plaza (somme qui est comptabilisée en partie dans le fonds d’indemnisation). Quant à Benetton, la marque explique dans un communiqué s’être désengagée du comité de pilotage du fonds car celui-ci ne demandait pas de contribution proportionnée à la présence des entreprises au Bangladesh. Elle explique ainsi soutenir les victimes à travers une organisation non gouvernementale.

Béatrice Héraud
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