Publié le 29 mars 2017

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Brexit: le secteur auto britannique va souffrir

L’industrie automobile britannique, entièrement liée par sa chaîne d’approvisionnement à l’Union européenne, serait l'une des plus impactées par le Brexit. Perte d’emplois, de compétitivité… Le secteur risque gros avec la sortie du pays, actée officiellement aujourd’hui par Theresa May, la Première ministre britannique. Plusieurs groupes brandissent la menace de la délocalisation. 

Les véhicules sont vérifiés avant la prochaine étape de la production de l’usine Jaguar Land Rover à Solihull, non loin de Birmingham, en Angleterre.
Leon Neal / Getty Images / AFP

Jour J pour le Brexit. La Première ministre Theresa May active ce 29 mars l’article 50 du traité de Lisbonne, qui rend officiel la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. 

Les enjeux sont importants. Au Royaume-Uni, certains secteurs pourraient voir leur croissance ralentir et le nombre d’emplois diminuer.

C’est le cas du secteur automobile, dont la chaîne d’approvisionnement est entièrement liée à l’Union européenne. 

 

65% des pièces détachées proviennent de l’UE

 

57% des 1,7 million de véhicules produits au Royaume-Uni ont été exportés dans l’Union européenne. Inversement, l’Europe fournit 65% des composants des véhicules fabriqués au Royaume-Uni. C’est notamment le cas du Range Rover Velar, du constructeur automobile britannique Jaguar Land Rover, dont 45% des pièces détachées sont importées de l’UE. 

"L’industrie automobile britannique est fortement intégrée à l’industrie européenne, explique la SMMT (Society of Motor Manufacturers and Traders) représentant plus de 30 constructeurs et 2 500 équipementiers automobilistes. Elle exploite des chaînes d’approvisionnement complexes, qui s’étendent à travers l’UE. Le Royaume-Uni, est, en outre, le siège de certains constructeurs automobiles qui l'utilisent comme porte d’entrée vers l’UE." Ford, Nissan, Toyota, BMW… y sont implantés pour, essentiellement, assembler leurs véhicules. Les constructeurs japonais assurent la moitié de la production britannique. 

 

Emplois menacés 

 

D’où la crainte des constructeurs automobiles. Au sein de la fédération automobile britannique, ils étaient plus des deux tiers à souhaiter rester dans l’Union. Maintenant que la sortie est actée, 67% des membres du SMMT pensent que le Brexit aura un impact très négatif sur le secteur. 

Une de leur préoccupation : la libre circulation des travailleurs. Au Royaume-Uni, 800 000 emplois dépendent du secteur automobile. 10% sont occupés par des travailleurs étrangers. "La capacité de déplacer rapidement et facilement des employés sur des sites d’autres pays est essentielle au bon fonctionnement des entreprises automobiles", note le SMMT. 

Jaguar Land Rover (JLR) emploie par exemple 42 000 salariés au Royaume-Uni, dont un tiers de non-Britanniques. "On a des équipes qui peuvent être étrangères à 99%", rapporte le directeur générale de JLR à l’AFP. Je suis inquiet de la capacité à continuer d'attirer les meilleurs talents au Royaume-Uni." 

 

Des délocalisations à venir 

 

Les constructeurs craignent également qu’en l’absence d’accord entre le gouvernement britannique et Bruxelles, les règles douanières de l’OMC, l’Organisation mondiale du commerce, soient appliquées. Soit un droit de douane de 10% sur chacune des voitures assemblées au Royaume-Uni.

Jaguar Land Rover a ainsi estimé à 1,47 milliard d’euros les pertes sur ses bénéfices annuels. Un calcul qui confirme son choix d’ouvrir une usine en Slovaquie. 

De même, le groupe BMW a confié au journal économique allemand Handelsblatt réfléchir à la construction de la prochaine génération de sa Mini électrique non pas au Royaume-Uni, comme cela était prévu, mais en Allemagne ou chez son sous-traitant Nedcar, basé au Pays-Bas.

Plusieurs groupes automobiles songent ainsi à délocaliser ou relocaliser leurs usines vers le continent. 

 

Pression sur le gouvernement britannique

 

Face à l’incertitude et aux déclarations de Theresa May – la Première ministre dit préférer qu’il n’y ait pas d’accord, plutôt qu’un mauvais accord – et alors que les négociations entre Bruxelles et Londres vont pouvoir commencer, certains constructeurs font monter la pression. 

En octobre, Carlos Ghosn, le patron de Renault-Nissan, disait hésiter à investir davantage dans son usine Nissan de Sunderland, située au nord-est de l’Angleterre. Celle-ci produit 500 000 véhicules par an, soit un tiers de la production automobile du Royaume-Uni. Un moyen de pression qui a visiblement fonctionné : Quelques jours plus tard, Carlos Gohsn était reçu par la Première ministre et assurait qu’il produirait les deux nouveaux modèles de la marque sur le territoire britannique, garantissant à moyen terme les 7 000 emplois directs et 28 000 indirects affectés.

Marina Fabre
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