Publié le 11 juin 2022

SOCIAL

Ouïghours : le Parlement européen veut interdire les importations liées au travail forcé

Les importations de produits issus du travail forcé de la communauté ouïghoure pourraient bientôt être interdites en Europe. Le Parlement européen a adopté une résolution non contraignante qualifiant la répression des Ouïghours de crime contre l’humanité et demandant à la Commission européenne d’agir, notamment en bannissant la vente en Europe des produits fabriqués au moyen du travail forcé.

Manifestation Ouighours Noemie Coissac Hans Lucas Hans Lucas via AFP
Depuis plusieurs années, des manifestations dénoncent la répression menée par le gouvernement chinois contre les Ouïghours.
@Noémie Coissac Hans Lucas / AFP

Les députés européens montent d’un cran la pression sur la Chine pour qu’elle arrête sa politique de répression des Ouïghours dans la province du Xinjiang. Ils ont voté en faveur d’une résolution condamnant "fermement la répression de la communauté ouïghoure et d'autres personnes de souche turque dans la région autonome ouïghoure du Xinjiang". Selon les parlementaires, "les preuves que des enfants ouïghours sont séparés de leur famille, les programmes de stérilisation forcée de masse et le travail forcé parrainés par le gouvernement constituent des crimes contre l'humanité et constituent un risque sérieux de génocide".

La résolution entend pousser l’Union européenne à l’action. Elle demande que les États membres prennent des mesures contraignantes à l’égard de l’État chinois, telles que des sanctions contre certains hauts responsables, ou encore la suspension des traités d'extradition avec la Chine et Hong Kong. La résolution parlementaire enjoint également la Commission européenne à travailler sur une mesure d’interdiction des produits fabriqués par le travail forcé de la communauté Ouïghoure.

Une victoire écrasante au Parlement européen

"Victoire écrasante ! Le Parlement européen vote à l’instant pour un instrument commercial bannissant du marché européen les produits de l’esclavage. Jamais ce vote n’aurait été possible sans votre mobilisation depuis deux ans", s’enthousiasme sur Twitter Raphaël Glucksmann, l’eurodéputé Place Publique, très impliqué contre la répression contre les Ouïghours. En amont du vote, il avait rédigé une tribune dans Le Monde détaillant les moyens pour mettre en place le bannissement de l’importation des produits issus de l’esclavage.

Pour l’eurodéputé, la mesure d’interdiction des importations devrait s’articuler à la future directive européenne sur le devoir de vigilance. En cas de soupçon, un importateur devrait alors prouver que ses produits ne sont pas issus du travail forcé. "Nous avons la liste des fournisseurs chinois, partie prenante de la réduction en esclavage d’un peuple, et des multinationales qui en bénéficient", écrit-il ainsi dans Le Monde. Il s’appuie notamment sur l’enquête "Xinjiang Police Files" réalisée par 14 médias internationaux fin mai 2022, qui a mis au jour des milliers de photos et de documents secrets révélant la répression contre les Ouïghours.

Pression supplémentaire sur les instances européennes

Le vote au Parlement n’est pas contraignant. Il met néanmoins une pression supplémentaire sur les autorités européennes afin qu’elles s’attaquent réellement au sujet. En septembre 2021, Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, avait en effet assuré vouloir mettre en place une interdiction de vente en Europe des produits issus du travail forcé. Depuis, les États-Unis l’ont prise de vitesse. Fin 2021, Joe Biden, le président américain, a signé une loi interdisant l’importation de produits issus du travail forcé en Chine, en ciblant notamment le coton, les tomates, et des matériaux entrant dans la composition des panneaux photovoltaïques.

Si en Europe, une telle loi n’existe pas encore, c’est sur le terrain judiciaire que les ONG ont déjà placé le débat. L’été dernier, une enquête a été ouverte par le Parquet national antiterroriste contre plusieurs grandes marques de l’habillement pour recel de crimes contre l’humanité, suite à la plainte déposée par Sherpa, Éthique sur l’étiquette et l’Institut ouïghour d’Europe. L’enquête cherche à définir si elles ont profité du travail des Ouïghours, en se fournissant dans le Xinjiang.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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