Publié le 25 novembre 2019

SOCIAL

Les violences conjugales, un fléau qui se joue aussi au travail

C'est un angle mort des entreprises. Pourtant, les violences conjugales impactent aussi le monde du travail. Baisse de productivité, présentéisme, retards... Une nouvelle étude fait le point sur les effets de ces violences dans la sphère professionnelle. Un enjeu crucial au moment où le gouvernement clôture, ce lundi 25 novembre, son Grenelle des violences conjugales par une cinquantaine de mesures.

Manifestation contre les violences faites aux femmes OLF
Le collectif Nous Toutes revendique 150 000 participant à la marche du 23 novembre, dont 100 000 à Paris.
@Osez le féminisme

C’est un fléau contre lequel des milliers de personnes ont manifesté samedi 23 novembre. Depuis le début de l’année, 138 femmes ont été tuées par leurs compagnons ou ex-compagnons et au moins 220 000 sont victimes de violences au sein du couple chaque année. Ce sujet, peu pris en compte dans le milieu de l’entreprise, a pourtant un impact sur le travail.

Une étude de la Fondation Agir contre l’Exclusion (Face), la Fondation Kering et le premier réseau européen d’entreprises engagées contre les violences faites aux femmes, OneInThreeWomen, montre que les violences conjugales ont une influence sur la sphère professionnelle en réduisant la productivité des salariées notamment à cause des retards, de l’absentéisme et de l’incapacité à être pleinement productive au travail. Un quart des personnes ayant déjà subi des violences conjugales ont pris des congés pour cette raison et 30 % des répondantes ont craint qui ces violences nuisent à leur productivité au point de perdre leur emploi.

Les entreprises doivent adopter un rôle proactif

"J’ai été harcelée par mon ex-partenaire, il y a plus de 15 ans. Je ne l’ai pas mentionné auprès de mes collègues par peur d’être jugée. Je me rappelle qu’après avoir reçu un appel téléphonique menaçant, j’étais incapable de continuer à travailler, j’étais pétrifiée par la peur et j’ai attendu 16 heures pour partir du bureau et déposer plainte au commissariat", témoigne une femme. D’où l’importance que les entreprises adoptent un rôle proactif, indique l’étude. "Elles peuvent combattre l’impact des violences conjugales au travail en aidant les managers et les collègues à déceler les indices de violences conjugales, à intervenir au travers d’une réponse rapide et adaptée avec du soutien et de l’aide, et à fournir des informations à jour sur les services spécialisés", notent les auteurs.

De manière plus globale, les violences envers les femmes représentent un coût de 228 milliards d’euros dans l’Union européenne, soit 1,8 % du PIB de la zone, selon l’Évaluation de la Valeur Ajoutée Européenne (EAVA). Ce lundi 25 novembre, à l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le gouvernement a dévoilé 50 mesures en ce sens. "Dans la lutte contre les violences conjugales, on ne veut plus jamais entendre "Ah c’est dommage". Nous allons, par une mobilisation complète de la société, obtenir des résultats et faire changer les comportements", a déclaré le Premier ministre Édouard Philippe.

50 mesures annoncées par le gouvernement

Parmi les mesures phares, issues du Grenelle des violences conjugales lancé en septembre par le gouvernement, on note l’inscription dans la loi de l’emprise psychologique, un meilleur accueil des victimes avec des postes supplémentaires d’intervenants sociaux dans les commissariats et brigades, la création de "1 000 nouvelles solutions" d’hébergement d’urgence pour les victimes ou encore le lancement d’un appel à projet pour développer "deux centres de prises en charges des hommes violents" dans chaque région. Sur les entreprises spécifiquement, l'État propose de les former et sensibiliser pour qu'elles intègrent la problématique des violences conjugales aux plans de santé au travail. De même, ils proposent que les victimes sous ordonnance de protection puissent débloquer leur épargne salariale de façon anticipée en cas de violences conjugales. 

Les associations regrettent des effets d'annonces, plusieurs mesures étant déjà mises en place, dénoncent-elles. C’est surtout sur le budget que les tensions se font le plus sentir. Le Premier ministre a alloué 360 millions d’euros pour la lutte contre les violences faites aux femmes, mais Caroline de Haas, à l’origine du collectif Nous Toutes qui a organisé la marche du 23 novembre, dénonce une reconduction "quasiment à l’identique pour 2020" concernant les violences "par rapport à 2019" "Ils ne changent pas les politiques publiques. Les chiffres de violences ne baisseront pas", tweete-elle. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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