Publié le 15 juin 2020

SOCIAL

Le Covid-19 pousse les villes du monde entier au bord de la faillite

Une ville sur dix en Italie est au bord de la banqueroute. Aux États-Unis, plusieurs municipalités, déjà en mauvaise santé avant la crise sanitaire, viennent de déposer le bilan. En France, la facture s'avère également salée pour les communes. Partout à travers le monde, les villes, qui ont été en première ligne face au Covid-19, sortent très fragilisées par la pandémie. Or, si les communes s'écroulent, l'onde de choc social et économique sera retentissante dans tout le pays.

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Les villes américaines cumulent un manque à gagner de 360 milliards de dollars.
CC0

Après le temps de la mobilisation, vient l’heure des comptes. Les villes ont été en première ligne pour faire face à la propagation du Covid-19. Derrière la distribution de masques, la mise à disposition de gel hydroalcoolique, l’application des mesures de distanciation dans l’espace public… les municipalités ont vu leurs recettes dégringoler pendant le confinement notamment. Avec la fermeture des restaurants, des crèches, les rentrées d’argent liées aux touristes et à la consommation globale, le stationnement gratuit… le manque à gagner est considérable.

Dans la capitale, mi-avril, Emmanuel Grégoire, le premier adjoint à la Mairie de Paris, évaluait jusqu’à 450 millions d’euros le coût de l’épidémie sur les finances. Si Standard & Poor’s a maintenu la note AA de la Ville Lumière, l’agence de notation mondiale n’exclut pas de l’abaisser dans les deux prochaines années en fonction de la tenue des comptes liée au Covid-19. Et les petites villes françaises sont aussi concernées. La cité des Sables d’Olonne en Vendée a par exemple évalué l’impact du Covid-19 sur ses finances à 2,6 millions d’euros. À Douai, dans le Nord, l’impact financier de la crise sanitaire serait de 450 000 euros.

Fin des services municipaux

Si la France est touchée, d’autres pays dans lesquels les municipalités étaient déjà précaires, sont au plus mal. C’est notamment le cas de l’Italie où une ville sur dix est au bord de la faillite. "Si on ne reçoit pas des fonds tout de suite, à partir de juillet nous ne serons plus en mesure de ramasser les ordures, nous allons interrompre le transport public et l’illumination. Dans deux mois, c’est tout le système des communes qui va s’écrouler, et avec lui le pays tout entier", a prévenu Antonio Decario, le président de l’ANCI, l’association des maires italiens. C’est un véritable cri d’alarme à destination du gouvernement qu’a lancé ce maire de la deuxième ville la plus peuplée d’Italie.

Il faut dire que la situation est dramatique surtout en raison de l’arrêt du tourisme, secteur qui représente 11 % du PIB de l’Italie. À Florence, où 20 millions de touristes foulent chaque année le sol de la cité des Médicis, ce sont quatre milliards d’euros de recettes qui ne sont pas rentrées dans les caisses. À Venise, pendant le confinement, les habitants ont certes pu profiter du calme retrouvé de la Cité des Doges. Mais le retour à la réalité est dur, la grande partie de l’économie de la ville reposant sur le tourisme. Or, en pesant sur les finances des villes le Covid-19 pourrait mener à une réelle crise sociale.

De la crise sanitaire à la crise sociale

Aux États-Unis, "les villes, les comtés et les États, contrairement au gouvernement fédéral, doivent gérer un budget équilibré, et ils pourraient se tourner vers l' austérité budgétaire - des réductions de dépenses, des augmentations d'impôts - pour s’en assurer", explique The Atlantic. Or, aujourd’hui, selon une évaluation de la National League of cities, les villes américaines cumulent un manque à gagner de 360 milliards de dollars. La ville de Fairfield en Alabama vient même de déposer le bilan. Partout sur le territoire, les maires des petites communes appellent l’État à ne pas les oublier.

Dans une tribune publiée dans The Hill, le maire de Clearfield dans l’Utah explique avoir répondu au défi de santé publique "le plus difficile de notre vie" en assurant la sécurité des habitants, en assurant les services d’urgence et de sécurité publique, quoi qu’il en coûte. Mais aujourd’hui, sa ville atteint ses limites. "Nous avons besoin de villes fortes pour nous maintenir sur la voie de la reprise économique", écrit-il. "Les fonctionnaires qui risquent de perdre leur emploi en raison de cette tendance ne sont pas des travailleurs sans nom et sans visage - ce sont des héros en première ligne qui se battent chaque jour pour la santé, la sécurité et l'avenir de nos collectivités", ajoute-t-il. Un risque social et économique qui fait craindre le pire pour l’avenir d’un pays qui compte 26 millions de chômeurs soit 11 % de la population active. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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