Publié le 26 septembre 2019

SOCIAL

La France de nouveau accusée de vendre des armes utilisées dans le conflit au Yémen

La France est accusée de vendre illégalement des armes à l'Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, qui serviraient dans le conflit au Yémen. Des vidéos attestent de l'utilisation sur place de navires fabriqués en France et un rapport onusien doute de la légalité de ces transferts d'armes. Amnesty International a lancé une campagne de sensibilisation tandis que six autres ONG ont recours à la justice.

Yemen war flickr felton davis
Selon l'Unicef, 1,8 million d'enfants de moins de cinq ans sont en situation de malnutrition aigüe.
@Flickr/Felton Davis

En pleine Fashion week, c’est une affiche d’un genre un peu particulier qui a fait son apparition dans les rues et magazines français. Lancée par Amnesty international, elle dénonce la vente illégale d’armes par le gouvernement français servant dans le conflit qui fait rage au Yémen depuis 2014. L’ONG demande la tenue d’un débat au Parlement et a également lancé une pétition pour réclamer au gouvernement plus de transparence et des actions concrètes pour mieux contrôler ses exportations de matériel de guerre. 

Quelques jours auparavant, des vidéos relayées par le collectif de journalistes Disclose, en coopération avec Radio France et Mediapart, montrent que des navires de fabrication française vendus à l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis sont bel et bien utilisés dans le cadre du conflit au Yémen. Des entreprises françaises en assureraient même la maintenance. Cela confirme une note classée "Confidential défense" déjà diffusée en avril dernier par Disclose. 

Un transfert d'armes dont la légalité est douteuse selon l'Onu

Au micro de l’ONU en début de semaine, lors de l’Assemblée générale des Nations-Unies, le Président Macron a appelé à une sortie de crise au Yémen, sans faire référence aux transferts d’armes françaises. Pourtant, outre les ONG et les médias, le pays est également sous le feu des critiques des observateurs onusiens. Le Groupe d’experts du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies, chargé de documenter les violations du droit international commises au Yémen, a publié un rapport début septembre mettant en cause la responsabilité française.  

"La légalité des transferts d’armes effectués par la France, le Royaume-Uni, les États-Unis et d’autres États reste douteuse et fait l’objet de plusieurs procédures judiciaires dans ces États. Le Groupe d’experts constate que les armes qui continuent d’être fournies aux parties au conflit au Yémen alimentent le conflit et perpétuent les souffrances de la population" notent les auteurs. Or, "les États peuvent être tenus responsables de l’aide ou de l’assistance qu’ils ont fournie et qui a permis de commettre des violations du droit international." 

Le gouvernement français a ratifié en 2014 le Traité sur le commerce des armes qui interdit le transfert d’armes pouvant servir à commettre des crimes de guerre. Mais il assure ne pas en avoir récemment livré qui seraient directement utilisées dans le cadre du conflit. Celles-ci seraient par ailleurs plutôt de nature "défensive" et épargneraient donc les populations civiles, selon Paris. La France est le troisième pays exportateur d’armes au monde et aurait vendu pour près d’un milliard d’euros de matériel militaire à l’Arabie saoudite en 2018.

Plus grande crise humanitaire en cours dans le monde

"Cinq ans après le début du conflit, les violations contre les civils yéménites se poursuivent sans relâche, avec un mépris total pour le sort de la population et l'absence d'action internationale pour responsabiliser les parties au conflit", a réagi Kamel Jendoubi, président du Groupe d'experts sur le Yémen. "La communauté internationale se doit de multiplier ses efforts pour libérer le peuple yéménite de l'injustice persistante qu'il subit."

Mi-septembre, six ONG, dont Action contre la Faim, Médecins du monde ou encore Sherpa, ont fait appel du jugement du tribunal administratif de Paris pour redemander la suspension des exportations d’armes françaises vers les pays de la Coalition impliqués dans la guerre au Yémen. En première instance, le tribunal avait refusé aux associations le droit de se prévaloir de tout contrôle sur l'action du gouvernement en matière d’exportation d’armes.

Le conflit au Yémen est considéré comme la plus grande crise humanitaire en cours dans le monde avec plus de 80 % de Yéménites nécessitant une aide humanitaire, 20 millions de personnes souffrant de la faim au quotidien, plus de trois millions de personnes déplacées et deux millions d'enfants non scolarisés. Mardi 24 septembre, seize personnes, dont sept enfants et quatre femmes, ont encore été tuées dans un double raid aérien mené par l'Arabie saoudite. Au total, on compte actuellement plus de 90 000 morts directement liés au conflit tandis que l’on devrait atteindre les 230 000 décès, directs et indirects, d’ici la fin de l’année 2019, dont de nombreux enfants.    

Concepcion Alvarez, @conce1 


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