Publié le 29 janvier 2018

SOCIAL

Changement de stratégie : Facebook se paye les utilisateurs et les médias

Le fondateur de Facebook, Marc Zuckerberg, a annoncé vouloir recentrer son activité sur les échanges entre amis plutôt que sur la diffusion d'informations provenant de médias ou d'entreprise. Sous couvert de rechercher le "bien-être" de ses utilisateurs, Facebook veut surtout rendre les abonnés plus actifs pour pouvoir collecter et revendre des données plus ciblées mais aussi faire payer davantage les médias.

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Un des principaux investisseurs de Facebook a mis en garde Marc Zuckerberg contre "l'addiction" des usagers et l'utilisation du réseau par des "mauvais acteurs'.

D’ici quelques mois, notre fil d’actualité ressemblera à celui des débuts de Facebook. Dans un post, le fondateur du plus utilisé des réseaux sociaux, Mark Zuckerberg a annoncé une nouvelle stratégie : moins de médias, plus de partages et de discussions entre amis. Pourquoi ? Parce qu'il veut le "bien-être" de ses utilisateurs. "Communiquer avec des personnes qui nous tiennent à cœur, cela peut être bénéfique pour notre bien-être. (…) D’un autre côté, lire des articles ou regarder des vidéos passivement n’est pas aussi bon", écrit-il. 

Des données personnelles mieux ciblées pour "revendre aux annonceurs"

C’est surtout ce "passivement" dont Facebook veut se débarrasser. Car partager avec ses amis, créer des groupes de discussion sur tel ou tel sujet, réagir à leurs commentaires constituent des données bien plus précieuses pour Facebook que le "like" d’un article.

"C’est le cœur du business model de Facebook", affirme à TV5 Monde le journaliste Nicolas Becquet, auteur d’une enquête sur le sujet, "plus on interagit, plus on donne des informations à Facebook sur nos centres d’intérêt, nos actions, des tendances. C’est cette finesse dans les données personnelles qu’il récolte qui fait sa valeur et qu’il peut revendre aux annonceurs", traduit le journaliste au quotidien belge L’Echo.

Les médias, hyper-dépendants, devront payer pour être visibles 

Pour les médias, la pilule est difficile à avaler. Certes, Facebook leur a permis de toucher facilement un public ciblé, de multiplier leurs offres vidéos et d’améliorer leurs audiences. Certains médias ne sont d’ailleurs diffusés que sur les réseaux sociaux, comme Brut par exemple. Ce qui a les a rendus dépendant de la plateforme. En coupant leur visibilité sur la plateforme, Marc Zuckerberg va les obliger à davantage sponsoriser leur contenu et donc à… payer.

Et quid de la diversité de la presse ? Les petits médias indépendants devront miser sur d’autres voies pour être visibles. Une façon aussi pour Facebook de se désengager de son rôle - qu’il n’a jamais reconnu - de média. Le groupe est en effet particulièrement critiqué pour son manque d’action contre les fake news. Or, se recentrer sur les conversations entre amis lui permet de limiter la prolifération des "fausses nouvelles" et sa responsabilité dans ce domaine.

La pression d'un des principaux investisseurs 

"Je n’ignore pas les dommages qu’Internet peut causer, même au sein d’une démocratie qui fonctionne bien", a d’ailleurs reconnu le responsable de l’engagement civique de Facebook, Samidh Charkrabarti. Un problème qui commence même à gêner les investisseurs du réseau social. Dans une tribune publiée dans le journal britannique The Guardian, Roger McNamee, fondateur d'un fonds d’investissement Elevation Partners, un des principaux investisseurs de Facebook craint pour les "utilisateurs" du réseau car ils sont en "danger".

Il met en cause l’addiction à la plateforme mais aussi son utilisation par "de mauvais acteurs". Il appelle d’ailleurs Marc Zuckerberg à "abandonner les résultats à court terme".

Marina Fabre @fabre_marina


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