Publié le 12 juillet 2018

SOCIAL

Soldes en ligne : les impacts sous-estimés des méga-entrepôts de stockage

Livraisons en camion, méga-entrepôts de stockage, accaparement de terres arables, emplois précaires et pénibles, risques pour la sécurité… Faire les soldes en ligne, ce n’est pas forcément plus responsable. Une nouvelle étude de France Nature Environnement (FNE) pointe tous les inconvénients de cette façon de consommer.

Entrepot stockage pixabay
Le secteur de la logistique contribue notamment à l'artificialisation des sols et à l'accaparement de terres arables.
@Pixabay

Bien installé dans son fauteuil, on commande en quelques clics le dernier maillot de bain tendance et quelques livres à lire cet été sur la plage. Ils seront livrés le lendemain, le tout sans avoir eu à se déplacer. Un bon point pour l’environnement ? Pas si évident.

Les achats en ligne sont moins émetteurs de CO2 uniquement s’ils remplacent un déplacement en voiture. Et encore, acheter 25 produits dans le même magasin en trajet motorisé a la même empreinte carbone que l’achat d’un seul article en ligne. Si on y ajoute la livraison express faite le plus souvent en camion, les retours d’articles et les suremballages, les gains environnementaux des achats en ligne sont largement plus élevés.

Des espaces de stockage équivalents à 1 000 piscines olympiques

Alors, "pour les soldes, mieux vaut faire les boutiques près de chez soi, et préférer la seconde main aux achats en quelques clics", conseille Ginette Vastel, responsable Risques et Impacts Industriels à France Nature Environnement. L’ONG vient de publier une étude détaillée (1) sur les impacts des méga-entrepôts de stockage au cœur du commerce en ligne. Et ils sont loin d’être anodins. Alors que tous les sept ans on bétonne l’équivalent d’un département en France, l’activité logistique contribue activement à cette artificialisation.

"En Île-de-France par exemple, 120 entrepôts logistiques de plus de 5 000 m2 se succèdent le long des autoroutes entre Gennevilliers et Tremblay-en-France, détaille FNE. En tout, ce sont 20 millions de mètres carrés qui sont occupés par des entrepôts logistiques en Île-de-France, représentant un quart du parc immobilier français. Et dans plus de 60 % des cas, ce sont des terres de bonne ou très bonne qualité agronomique qui ont disparu dans la région."  

Le gouvernement vient justement d’annoncer, dans le cadre du plan Biodiversité, un objectif de zéro artificialisation nette des sols à un horizon qui reste à déterminer. Mais parallèlement il a assoupli en 2017 les règles encadrant les entrepôts logistiques et lancé en 2015 une stratégie nationale "France Logistique 2025". "L’économie prime sur la préservation d’espaces naturels, dénonce l’ONG. Il est désormais possible d’avoir des entrepôts avec une capacité de stockage allant jusqu’à 3 millions de m3 soit l’équivalent de 1 000 piscines olympiques !" 

De nombreux accidents

Outre les aspects environnementaux, les méga-entrepôts de stockage sont aussi souvent synonymes d’emplois précaires et pénibles. Lombalgies, tendinites, troubles musculo-squelettiques (TMS), genoux qui flanchent et dos qui coincent sont le lot des salariés d’Amazon qui doivent emballer 140 colis par heure. "À 20 ans vous êtes usé", témoigne ainsi un préparateur de commandes au JDD.

Enfin, la course à la compétitivité accroît aussi les risques pour la sécurité des salariés et des riverains aux abords des entrepôts. Stockage anarchique, absence d’inventaire, vétusté des lieux, on a dénombré 207 accidents dans des entrepôts logistiques entre 2009 et 2017. Plusieurs d’entre eux ayant pour clients LIDL, Carrefour, M. Bricolage, Lesieur, L’Oréal ou encore Amazon, ont ainsi été épinglés ces dernières années pour stockage illégal de produits dangereux.

Selon la Fevad (Fédération e-commerce et vente à distance), 505 millions de colis ont été livrés en 2017, en hausse de 10,5 % sur un an. Et depuis le début des années 2000, le secteur de la logistique en pleine expansion a atteint les 200 % de croissance dans les pays industrialisés. Une tendance qui ne semble pas près de passer de mode.

Concepcion Alvarez @conce1

(1) Voir l'étude de FNE


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