Publié le 22 janvier 2020

SOCIAL

[Municipales] Manger bio à la cantine sans payer plus, un défi pour les maires

À quelques mois des municipales, les candidats rivalisent de promesses pour offrir des produits plus sains aux enfants de leurs électeurs suivant les pas de quelques villes pionnières comme Grande-Synthe ou Langouët qui ont réussi à basculer tout l'approvisionnement de leur cantine en produits bio et locaux. Tout est une question de volonté politique, croient-elles. Voici le troisième numéro de notre série dédiée aux enjeux écologiques des élections municipales de 2020.

Cantine bio alimentation durable et accessible municipales
Malgré une forte progression, la France plafonne à 4 % d’achats en bio en restauration collective, estime l’association Un plus Bio.
Istock / PJjaruwan

Et si l'assiette de nos enfants était au cœur des municipales ? À trois mois des élections, plusieurs candidats ont ainsi émis leurs propositions pour une alimentation plus bio, locale ou végétale dans les cantines scolaires. À Paris, la maire sortante, Anne Hidalgo, souhaite ainsi des cantines "100 % bio" via, notamment, l’installation de "deux grands potagers dans les bois de Boulogne et de Vincennes". Même objectif à Dijon, porté par la candidate écologiste Stéphanie Modde. Ces promesses de campagne ne sont pas isolées. Partout dans l’Hexagone, les candidats rivalisent de mesures pour assurer une alimentation saine et durable aux enfants de leurs électeurs.

Tout reste à faire dans le domaine. Malgré une forte progression, la France plafonne à 4 % d’achats en bio en restauration collective, estime l’association Un plus Bio. Or, l’objectif est de 50 % minimum de produits durables dans deux ans, dont 20 % en label bio. Plusieurs villes se sont très tôt emparées de ce sujet, déjouant les idées reçues quant à l’impact économique du bio dans le budget ou l’impossible approvisionnement. Langouët, qui s’est déjà distingué en interdisant l’épandage de pesticides à 150 mètres des habitations, a été une des premières villes à s’approvisionner en bio et ce dès… 2004. "Les denrées bio sont plus chères à l’achat mais la cantine a besoin de quantités moindres", explique Daniel Cueff, maire de la commune.

Moins de gaspillage alimentaire et moins de viande, une réduction du coût

Réduire le gaspillage alimentaire est une des mesures phares permettant de faire baisser l’addition. C’est d’ailleurs ce que préconise l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) dans son guide donnant des "clés pour agir" aux maires. "Par un plan d’actions efficace, il est possible de réduire de 50 % les denrées qui partent à la poubelle. Les économies réalisées permettent alors d’introduire plus de produits bio, sans augmenter le prix de revient des repas", note l’Agence. Surtout, avec ses trois milliards de repas servis par an, la restauration collective peut structurer une réelle filière agricole bio.

C’est le pari qu’a fait le maire de Grande-Synthe, Damien Carême. En 2011, l’élu décide de basculer sa cantine en 100 % bio et local. Dans une région sinistrée où le taux de chômage est particulièrement élevé, cette transition écologique agricole et alimentaire peut être une porte de sortie et un vecteur d’emploi. Pour s’approvisionner, le maire se tournait vers la région jusqu’en 2019. Cette année, il mise sur l'hyperlocal. 

"Depuis le début de l'année, tous les aliments proviennent de chez nous. La ville loue des parcelles à de jeunes agriculteurs bio. L’idée est de créer de l’emploi localement, de dynamiser le territoire", explique le maire. Et le coût reste le même qu’une cantine alimentée en produits non bio. Grâce à une réduction de 30 % du gaspillage alimentaire et à une baisse de l’apport en viande, le prix n’a pas été augmenté.  

Les enfants d'aujourd'hui, les citoyens éclairés de demain

Aux côtés de ces cités pionnières, de grandes villes se sont engagées, plus récemment, vers une alimentation durable, à l'instar de Montpellier. La cité languedocienne propose désormais 35 % de produits issus de l’agriculture durable dans ses cantines, dont 15 % en bio et atteindra bientôt l’objectif de 20 % fixé par la loi. La ville s’appuie sur la production de l’Occitanie, première région agricole bio de France. Au-delà de l’impact positif sur la transition agricole, les maires sensibilisent les futurs citoyens. 

"Nous faisons le pari que les enfants d’aujourd’hui pourront être demain les agents déterminants d’une alimentation plus lucide et plus durable", croit Terra Nova dans un rapport sur le développement du bio dans les cantines scolaires publié le 13 janvier. "Les progrès réalisés aux âges de l’école élémentaire peuvent se diffuser à la fois dans les familles, sur d’autres tranches d’âge, puis, par un effet de halo, dans l’ensemble de la société", note le think tank. D’où l’importance de former le personnel de la cantine pour qu’il puisse faire de la pédagogie auprès des enfants quant au gaspillage alimentaire, à l’alimentation bio, à l’équilibre des repas, etc. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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