Publié le 14 janvier 2022

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Une hausse des prix alimentaires se profile en France, une première en dix ans

Alors que l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) constate une flambée des prix alimentaires de 31 % en moyenne dans le monde, en France, elle reste contenue et ne devrait atteindre que 4 %. Directement liée à l’envolée des cours des matières premières et aux perturbations logistiques, les hausses varient d’un produit à un autre et sont plus fortes pour les marques distributeurs mais les agriculteurs réclament, eux, une revalorisation.

Supermarche ok
Chaque année, les prix des produits en supermarché sont l'objet de négociations entre distributeurs et industriels.
@igorovsyannykov sur Pixabay

C’est une première en une décennie. "En 2022, à l’inverse des dix années précédentes, nous aurons une hausse des prix alimentaires", alerte Thierry Desouches, porte-parole de Système U. Alors que les négociations annuelles entre industriels et distributeurs ont débuté, "les observateurs misent sur une augmentation des prix comprise entre 3% et 5% cette année", indique le responsable "avec des hausses plus fortes pour certains produits", ajoute-t-il. "La hausse pourrait atteindre 4%", confirme Emily Mayer, de l’institut d’études IRI, qui compile les tickets de caisse des super et hypermarchés.

Cette hausse marquerait une rupture alors que la tendance pour les produits de grande consommation est déflationniste sur la dernière décennie. "Par exemple, le prix du camembert Président coûtait plus cher il y a dix ans qu’aujourd’hui !", précise Thierry Desouches. Ce repli s’explique à la fois par la pression exercée par les distributeurs sur leurs fournisseurs mais aussi par la concurrence entre enseignes qui se livrent une "guerre des prix".

Une "spirale inflationniste"

Est-ce-à dire que cette année, distributeurs et industriels ont lâché du lest pour rémunérer davantage les agriculteurs qui traversent, depuis plusieurs années maintenant, une crise ? Pas vraiment. La principale raison de cette hausse est la flambée des cours des denrées alimentaire et de l'énergie. "Cette inflation est directement liée à une vraie hausse des coûts inédite", confirme Emily Mayer. L’indice de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, qui mesure les variations d’un panier de produits alimentaires de base, a progressé de 31,3 % en 2021. Cette flambée est portée par celle du blé dur, des huiles végétales, des produits laitiers ou du sucre. La hausse des coûts des emballages et de l’énergie pèsent aussi sur la note.

"Nous sommes entrés dans une spirale inflationniste", alerte Philippe Heimburger, PDG des pâtes alimentaires Grand’Mère qui évoque des négociations particulièrement tendues cette année. "Nous demandons à la grande distribution de pouvoir augmenter nos prix de dix centimes par paquet (vendu 1,05 euro)", explique ainsi l’un des six derniers fabricants de pâtes en France qui risque sinon de "mettre la clé sous la porte". Du côté des agriculteurs aussi la situation est très difficile. Ils subissent de plein fouet la hausse des prix des matières premières utilisées pour nourrir leurs animaux d'élevage par exemple avec des hausses : +63% sur le blé, +21% sur le tourteau de soja, +46% sur le maïs. Et c'est sans compter sur la hausse des prix des engrais - en lien direct avec la flambée des prix de l'énergie - qui ont plus que doublé pour les cultivateurs.

Les prix bas des distributeurs sont "volontairement destructeurs de valeurs"

Mais les distributeurs continuent à brandir la question du pouvoir d’achat des Français. À l’Assemblée, le député Thierry Benoit a dénoncé la posture de la grande distribution et des centrales d’achat, qui "continuent de négocier en déflation les prix alimentaires, notamment les produits laitiers". "Il n’est pas acceptable que les denrées alimentaires fassent l’objet d’une telle spéculation" a-t-il ajouté. Dans ce contexte, pas étonnant que le coup de communication de Michel-Édouard Leclerc qui propose une baguette à prix cassé (29 centimes) suscite la fureur des boulangers et de la concurrence. Les céréaliers, meuniers et boulangers, ainsi que la FNSEA, premier syndicat agricole, ont dénoncé dans un communiqué commun "des prix volontairement destructeurs de valeurs".

L’entrée en vigueur de la loi Egalim 2 devrait aider les producteurs à faire monter les prix finaux. Cette nouvelle règle instaure en effet la non-négociabilité des matières premières agricoles dans les discussions tarifaires. Mais la Confédération paysanne est sceptique. Le syndicat dénonce l’absence de mécanisme contraignant, ce qui réduit considérablement la portée du texte. 

Mathilde Golla @Mathgolla


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