Publié le 11 avril 2018

SOCIAL

Emmaüs veut une loi interdisant aux marques de jeter et brûler les vêtements invendus

Certaines enseignes de la fast fashion continuent à brûler leurs invendus vestimentaires. Pour y remédier, Emmaüs veut une loi calquée sur celle du gaspillage alimentaire. Elle obligerait les marques à signer des partenariats avec les associations. Mais cette proposition ne crée pas le consensus dans le milieu associatif. Pour ADN, Agence de don à nature, elle stigmatiserait inutilement les entreprises. 

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Les enseignes peuvent aujourd'hui profiter d'une défiscalisation si elles donnent leurs invendus à des associations mais Emmaüs veut aller plus loin.
Pixabay

L’opacité règne. Dans le secteur textile, difficile de savoir réellement ce que deviennent les invendus. Peu de chiffres, peu de transparence. "Ce qu’on récupère de la fast fashion ne représente pas des quantités hallucinantes", explique à Novethic Valérie Fayard, directrice générale adjointe d’Emmaüs. "Certaines enseignes pensent que donner leurs vêtements à des associations va dégrader leur image".

Ce n’est pourtant pas le don aux associations qui nuit le plus à leur réputation, mais plutôt de jeter des invendus vestimentaires. H&M et Celio en ont fait les frais. En octobre, la marque suédoise a été pointée du doigt par des journalistes danois pour avoir brûlé, depuis 2013, soixante tonnes de vêtements invendus. Même si elle s’est défendue, affirmant que les vêtements présentaient des taux élevés d’humidités et de produits chimiques, le mal était fait. Même "bad buzz" pour Celio, dont une équipe, lors de la vague de froid de février, a été photographiée par une habitante de Rouen en train de lacérer et jeter des vêtements.

Emmaüs pour une obligation de dons

D’où l’idée, lancée par Emmaüs, de proposer une loi interdisant aux enseignes de jeter leurs invendus. "Ce serait une loi calquée sur celle votée contre le gaspillage alimentaire", propose Valérie Fayard. Depuis février 2016, toutes les moyennes et grandes surfaces de plus de 400 mètres carrés sont obligées de conclure une convention avec une association caritative pour lutter contre le gaspillage alimentaire.

L’idée serait ainsi d’obliger les enseignes textiles à faire de même. Une obligation nécessaire pour Valérie Fayard qui estime que l'avantage fiscal dont profitent déjà les entreprises n'est pas assez efficace. En effet, elles peuvent déjà déduire 60 % du montant de leurs dons de l’impôt sur les sociétés.

Les marques ne sont pas "les grands méchants loups"

Mais dans le secteur associatif, les violons ne sont pas accordés. Pour Stéphanie Goujon, directrice générale d'ADN, Agence du don en nature, les entreprises doivent certes aller plus loin, mais elle nuance. "Je ne crois pas au grand méchant loup. Il faut inciter les enseignes à donner plutôt que de les stigmatiser", tranche-t-elle. "Je suis partisane de la soft law (Droit souple, ndr), une méthode plus douce".

Pour ADN, l'enjeu est surtout de communiquer auprès des enseignes sur les initiatives sécurisées que les associations proposent. Contrairement à Emmaüs, qui revend les dons qu’il reçoit pour proposer des repas aux plus démunis, ADN distribue directement les invendus aux personnes précaires. "La crainte pour les entreprises est de créer un marché parallèle de revente", explique Stéphanie Goujon. "Pour l’alimentaire, ce n’est pas la même chose, c’est périssable, donc il y a urgence".

Bientôt dans la feuille de route sur l'économie circulaire ? 

Reste que selon Valérie Fayard d’Emmaüs, le gouvernement réfléchirait à intégrer dans la feuille de route sur l’économie circulaire une mention sur le sujet. Contacté par Novethic, H&M ne souhaite pas prendre position sur la nécessité d’une telle loi, mais rappelle que "sur le marché français, H&M n’a pas d’invendus au sens de produits qui ne trouveraient pas preneurs".

"Les soldes nous permettent de liquider nos stocks, avec des prix très intéressants enfin de période de soldes si besoin", explique une porte-parole du groupe. "Les produits défectueux ne pouvant être vendus en magasin, mais toujours portables sont donnés à une association. Les produits défectueux ne pouvant être donnés ou recyclés (en cas de moisissures par exemple) sont incinérés".

Marina Fabre @fabre_marina


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