Publié le 10 novembre 2017

SOCIAL

Comment la grande distribution a créé une pénurie de beurre

Alors que la production de beurre a baissé de 3 % en France en 2017, il manque la moitié des mottes dans les rayons des supermarchés. La guerre des prix est en cause. Les cours du beurre ont explosé en un an passant de 2 500 euros par tonne à 6 800 euros, mais la grande distribution n'a pas souhaité revaloriser les prix. Les transformateurs ont donc préféré se tourner vers les pays étrangers pour plus de rentabilité. 


C’est un record, une pénurie historique de beurre, selon les données publiées par le cabinet Nielsen lundi 6 novembre. "La disponibilité des références de beurre chez les distributeurs continue de chuter drastiquement", expliquent les experts pour qui "le phénomène s’est accéléré à court terme : en moyenne, le taux de rupture atteint même 48 %".

Autrement dit, il manquait la moitié des volumes de beurre dans les rayons des supermarchés. De quoi angoisser quelque peu les Français, très friands de ce produit. La consommation moyenne est en effet de 7 kilogrammes par habitant par an, ce qui fait de la France le premier pays consommateur de beurre.

La grande distribution n'a pas revalorisé les prix 

Plusieurs facteurs expliquent cette pénurie. D'abord, une mauvaise année pour la production de beurre dans le monde, avec une baisse de 3 % en France, notamment due aux mauvaises conditions climatiques. En cause également, une hausse de la demande venue des États-Unis et de la Chine. Depuis la Une du Times réhabilitant le beurre, la consommation y a explosé. En Chine, elle a bondi de 46 %. Parallèlement, les cours du beurre ont considérablement augmenté, passant de 2 500 euros par tonne en avril 2016 à 6 800 en septembre 2017.

 

Mais, cette hausse n’a pas été répercutée sur les tarifs en France. Autrement dit, la grande distribution, qui avait lors des négociations commerciales de février, fixé un prix du lait, et du beurre, avec les producteurs, ne l’a pas revalorisé. En Allemagne par exemple, en un an, le prix du beurre au détail a augmenté de 72 % contre seulement 6 % en France. Certains transformateurs se sont alors tournés vers des pays plus rémunérateurs pour vendre leur production.

Le "juste prix", c'est "3 euros pour 250 grammes de beurre" 

Une situation qui ne satisfait pas les agriculteurs. "On produit autant de beurre qu’en 2016", scandent-ils. Vendredi 3 novembre, ils étaient nombreux à mener des actions dans les grandes surfaces pour dénoncer une "communication mensongère" des grandes surfaces et rappeler le "juste prix" aux clients soit 3 euros les 250 grammes.

"Cet épisode est symptomatique du fonctionnement absurde de la filière laitière et de notre système alimentaire", a déclaré le syndicat Confédération paysanne. "Les paysans et consommateurs devraient subir sans broncher les choix stratégiques des entreprises, opportunistes et court-termistes : aller à l’export ou sur le marché spot, réorienter les fabrications vers les fromages… Tout cela sans aucune concertation démocratie", dénonce-t-il.

En plein États généraux de l'alimentation, "le beurre est un cas d'école" 

Même ton du côté de la FNSEA, premier syndicat du secteur : "En refuser de payer les hausses du prix du beurre, engendrées par l'augmentation de la demande mondiale, la distribution engage un bras de fer, rend les relations commerciales intenables et prend en otage les producteurs et les consommateurs dans un combat d'arrière-garde"

La FNSEA demande aux distributeurs de la cohérence. Lors des États généraux de l'alimentation, les industriels avaient tous déclaré vouloir mieux rémunérer les agriculteurs. Emmanuel Macron a d'ailleurs promis une loi pour que le prix de vente soit fixé en fonction du coût de production et non l'inverse. "Le beurre est un cas d'école ! C'est l'heure de vérité", tranche-t-elle. 

Marina Fabre @fabre_marina


© 2023 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

SOCIAL

Consommation

Produits verts, bio, issus du commerce équitable ou made in France….les marques multiplient les produits vendus comme écologiques, durables et responsables et les consommateurs prennent conscience de l’impact de leur choix sur l’environnement. Ces nouvelles pratiques de consommation doivent reposer sur des labels crédibles.

Voitures suv istock

"La baisse des ventes de véhicules profite aux constructeurs automobiles", selon Aurélien Bigo

La baisse des ventes automobiles n'est une bonne nouvelle ni pour le climat, ni pour les particuliers. C'est ce qu'explique à Novethic le chercheur sur la transition énergétique des transports, Aurélien Bigo. Il décrypte la stratégie des constructeurs : vendre moins mais plus chers des véhicules...

Ville verte sobriete frugalite pietons velos verdure transition istock Michael Wels

Inscription dans la loi, partage de l'effort, temps de travail : plus de 5 000 citoyens font des propositions en faveur de la sobriété

Le Conseil économique, social et environnemental (Cese) a adopté mercredi 11 janvier un avis sur la sobriété afin de favoriser son évolution dans la société et dans nos modes de vie. Signe que le sujet, encore tabou il y a un an, se démocratise. Parmi la vingtaine de préconisations, il y a la...

Seconde main vestiaire collective fast fashion pexel

Boohoo, Shein, Asos… La plateforme de seconde main Vestiaire Collective élimine la fast fashion de son catalogue

Vestiaire Collective s’engage contre la fast fashion. La plateforme de vente et d’achat de seconde main a annoncé fin novembre le retrait d’une vingtaine de références de son site. Il s’agit de la première étape d’un plan défini sur trois ans pour appeler à une mode plus responsable et à une...

Reparation

Black Friday : face à la surconsommation électronique, la revanche de la réparation

Il pleut des déchets derrière la frénésie du Black Friday. La surconsommation touche notamment les produits électroniques, dont les rebuts sont dangereux et la fabrication très émettrice de gaz à effets de serre. Réparer devient une solution incontournable, encouragée ces derniers mois par des...