Publié le 22 novembre 2016

SOCIAL

Ubérisation : les nouvelles formes d’emploi toujours plus précaires

Ubérisation, auto-entreprenariat, contrat "zéro heure", petits boulots… Les nouvelles formes d’emploi peuvent avoir des conséquences sur la dégradation des conditions de travail, mais aussi sur l’économie en général. C’est ce que montre le rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT) "L'emploi atypique dans le monde", publié cette semaine. 

Plusieurs centaines de chauffeurs de la firme Uber, ces "salariés atypiques", se sont mobilisés à Paris en octobre 2015 pour protester contre leurs conditions de travail.
Patrice Pierrot / Citizenside / AFP

Travailler pour plusieurs employeurs, en horaires décalés, à la demande… Les formes atypiques d’emploi se multiplient, en particulier avec la numérisation de l’économie. "Mais à quel prix ?", s’interroge l’OIT (Organisation internationale du travail) dans le rapport "L'emploi atypique dans le monde"

Dans les pays industrialisés, le temps partiel en "horaires de travail très courts" ou les contrats sans durée minimum de travail garantie sont de plus en plus courants. Au Royaume-Uni, fin 2015, 2,5% des employés avaient des contrats "zéro heure".

Quant aux travailleurs adossés à des applications digitales type Uber, ils représentent encore une "faible portion de la main-d’œuvre" : 3% des travailleurs au Royaume-Uni et environ 0,4% de la population active aux États-Unis. Mais les projections tablent, en 2020, sur 40% d’indépendants de l’autre côté de l’Atlantique.

 

Un phénomène mondial 

 

Les pays en développement sont aussi touchés par une forte croissance de ces diverses formes de travail détaché, intérimaire, sous-traité ou externalisé. Au Bangladesh et en Inde, près des deux tiers des emplois salariés sont précaires. Au Mali et au Zimbabwe, c’est un employé sur trois. 

 

Les différentes formes d’emplois atypiques (© OIT)

 

Si l’objectif n’est pas de rendre "typique" (salarié) tous les emplois, "nous devons nous assurer qu’ils procurent aux travailleurs un revenu stable et suffisant, une protection contre les risques professionnels, une protection sociale et le droit de se syndiquer et de négocier collectivement", souligne Deborah Greenfield, Directrice générale adjointe de l’OIT pour les politiques. Or, ce n’est pas toujours le cas. 

 

Fragilités

 

Quatre problématiques majeures sont identifiées : 

- Une plus grande insécurité. Le taux de transition entre les périodes de chômage ou d’inactivité et l’emploi est 10 fois plus élevé pour un travailleur classique que pour un travailleur atypique. Ils sont aussi les premiers touchés par les crises avec des réductions de temps de travail et des licenciements. 

- De moindres salaires. Les travailleurs occupant un emploi temporaire peuvent toucher un salaire jusqu’à 30% moins important que des travailleurs classiques effectuant le même travail.

- Une protection sociale réduite. Les travailleurs ont du mal à exercer leurs droits fondamentaux au travail, mais aussi à avoir accès aux prestations de sécurité sociale et à la formation professionnelle. Les taux de blessures professionnelles sont aussi plus élevés. 

- Des incidences sur la vie personnelle. Les travailleurs temporaires et à la demande éprouvent plus de difficultés à accéder au crédit et au logement, retardant par exemple le moment de fonder une famille.

 

Risques économiques

 

Pour les entreprises ayant recours à ce type d’emplois, "les gains à court terme en matière de coûts et de flexibilité obtenus peuvent être dépassés par les pertes de productivité à long terme. Les entreprises qui recourent davantage aux emplois atypiques ont tendance à moins investir dans la formation, aussi bien pour les employés à titre temporaire qu’à titre permanent, ainsi que dans l’innovation et les technologies permettant d’améliorer la productivité", assure Philippe Marcadent, chef du service des marchés inclusifs, des relations professionnelles et des conditions de travail de l’OIT.

Pour l’économie mondiale aussi, les risques sont importants : sous-investissement dans l’innovation, ralentissement des gains de productivité, risques de faillite des systèmes de sécurité sociale, renforcement de la segmentation et volatilité exacerbée du marché du travail ou mauvaises performances économiques.

Le rapport propose quatre recommandations stratégiques pour améliorer la qualité de ces emplois : colmater les brèches réglementaires, renforcer la négociation collective, améliorer la protection sociale et instituer des politiques sociales et d’emploi favorisant la création d’emplois répondant aux besoins des travailleurs.

Béatrice Héraud
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