Publié le 19 septembre 2018

SOCIAL

19 départements veulent tester un "vrai" revenu de base dès 2019

Emmanuel Macron a annoncé la création d'un revenu universel d'activité dans le cadre de son plan de lutte contre la pauvreté. En reprenant le concept cher à Benoît Hamon, le Président de la République a créé la surprise et parfois la colère des défenseurs d'un tel dispositif. Parmi eux, 19 présidents de département qui planchent pour certains depuis plus de deux ans sur le lancement d’une expérimentation à l’échelle locale.

Experimentation revenu de base pixabay
19 départements socialistes sont prêts à tester un revenu de base versé à tous, y compris aux jeunes, en-dessous d'un certain seuil de ressources.
@Pixabay

"Le revenu universel d’activité annoncé comme une grande nouveauté par le Président de la République n’est que le revenu de base que 19 départements socialistes demandent d’expérimenter depuis un an !", a réagi le Parti socialiste dans un communiqué. Dans le cadre de son plan national de lutte contre la pauvreté, présenté le 13 septembre, Emmanuel Macron a annoncé la création d’un "revenu universel d’activité" pour 2020, sous conditions de ressources et d’activités. Il fusionnerait les principales prestations sociales.

Quelques jours auparavant, 19 présidents de département avaient signé une tribune dans Le Monde pour demander au gouvernement d’inclure dans le plan pauvreté un projet de loi d’expérimentation du revenu de base. "Après deux ans et demi d’efforts, il semblerait que nous soyons parvenus à inscrire le sujet à l’agenda d’Emmanuel Macron, analyse Jean-Luc Gleyze, président de la Gironde, fer de lance du mouvement. Mais pourquoi lancer ce revenu universel d’activité en 2020 alors que nous avons une proposition de loi déjà rédigée qui, si elle était adoptée rapidement, permettrait de tester un revenu de base dès l’année prochaine ?"

Un revenu pour les jeunes

Ce mercredi 19 septembre, l’élu aquitain va présenter ce projet d'expérimentation devant l’Assemblée des départements de France en espérant sensibiliser au-delà de la gauche. Il va aussi rencontrer une parlementaire, dont l'identité est tenue secrète, afin de pousser la proposition de loi si possible dès cet automne. L’objectif est que chacun des 19 départements puisse tester un revenu de base en 2019.

Leur proposition a été modélisée par l’Institut des politiques publiques. Il s’agirait de verser un revenu de façon automatisée à tous les foyers, y compris aux 18 et 25 ans exclus du RSA, en dessous d’un certain seuil de revenu proche du revenu médian. Cette allocation regrouperait au minimum le RSA et la prime d’activité mais pourrait aussi comprendre les allocations logement. Son coût est estimé entre 4,7 et 7,5 millions d’euros pour un échantillon de 20 000 personnes. 

"L’objectif du revenu de base tel que nous l’avons conçu est de réduire le taux de non-recours du RSA (34 %) et la grande pauvreté à un moment charnière sur la question de la protection sociale, explique Jean-Luc Gleyze. On le voit avec l’ubérisation du travail et des parcours professionnels de plus en plus fragmentés. Il s’agit aussi de permettre à un jeune de reprendre une formation ou de lancer son activité, aux agriculteurs de faire ponctuellement face à des mauvaises récoltes ou simplement à des salariés de pouvoir accompagner un parent en fin de vie." 

Préjugés

Toutefois, pour Julie Rozé du Mouvement français pour le revenu de base (MFRB), "nous sommes encore loin d’un véritable revenu de base". "Nous défendons un revenu de base versé sans condition aucune, inaliénable, cumulable avec d’autres revenus et universel. La seule expérimentation qui se rapproche le plus de cette définition est celle menée par Monrevenudebase en France, même si elle porte sur un petit échantillon" estime-t-elle.

Lancée il y a tout juste un an par l’écologiste Julien Bayou, l’initiative est financée par du crowdfunding. À ce jour, 120 000 personnes sont inscrites au tirage au sort pour toucher 1 000 euros par mois pendant un an. Cinq revenus de base ont ainsi été financés. "Les profils sont tous différents : allocataire du RSA, de la prime d’activité ou en emploi et aucun n’a arrêté de travailler. Au contraire, l’un d’eux a pu reprendre le boulot après avoir réglé plusieurs problèmes tandis qu’une autre a entamé un plan de formation", explique le porte-parole d’EELV, tordant le cou à certains préjugés.  

Concepcion Alvarez, @conce1


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