Publié le 06 janvier 2021

SOCIAL

Les tensions répétées chez Google poussent des salariés à créer un syndicat

Depuis trois ans, les relations sociales chez Google ne sont pas au beau fixe. Régulièrement des polémiques éclatent entre directions et salariés au sujet de contrats ou de choix stratégiques. Alors que les premiers appellent à préserver l’image de l’entreprise dans les médias, une partie des seconds tentent de créer un syndicat. Une première chez les géants du numérique.

Alphabet, maison mère de Google, compte 130 000 salariés dans le monde.
@Google

C’est une première dans le monde des entreprises phares de la Silicon Valley. Des salariés de Google ont annoncé le 4 janvier leur volonté de se constituer en syndicat. Cela fait maintenant plusieurs années que des tensions grandissent entre la direction, désireuse d’engranger des contrats, et ses équipes, très regardantes sur l’éthique de ces marchés.

Ainsi ce syndicat Google, qui classiquement s’occupera des conditions de travail des salariés, aura également pour préoccupation les problématiques éthiques liées à l’activité de l’entreprise, selon un communiqué des fondateurs. "Ça va être le tout premier syndicat ouvert à tous les employés et contractuels d'Alphabet (maison mère de Google, ndr), avec des membres s'acquittant d'une cotisation, un conseil d'administration (représentatif) et un personnel dûment rémunéré", peut-on lire.

226 salariés sur 130 000

Environ 226 salariés ont déjà fait part de leur intention de le rejoindre, selon une tribune publiée dans le New York Times, signée Parul Koul et Chewy Shaw, tous deux ingénieurs. Un nombre assez modeste en regard des 130 000 salariés que compte le groupe à travers les entités Google, Youtube et Waymo (voitures autonomes), Verily, Fitbit et Wing. "Bien évidemment que nos employés ont des droits que nous soutenons. Mais comme nous l'avons toujours fait nous continuerons à discuter directement avec tous nos salariés", a déclaré Kara Silverstein, une dirigeante de Google dans un courriel à l'AFP.

Le syndicat "va être la structure garantissant que les employés de Google peuvent pousser activement pour de réels changements au sein de l'entreprise, des contrats aux salaires en passant par les questions de rémunération. Toutes les problématiques liées à l'environnement de travail vont échouer dans le champ de compétence du syndicat et de ses adhérents", soulignent les fondateurs.

Le projet Maven

Le premier accroc chez Alphabet a eu lieu en 2018 quand plusieurs salariés de Google, y compris parmi les chercheurs de pointe, ont signé une pétition demandant à leur PDG Sundar Pichai de mettre fin à la participation du groupe au programme de recherche du Pentagone baptisé Maven. Il s’agissait de fournir des systèmes d’intelligence artificielle et de reconnaissance d’images pour des drones militaires.

Pour les salariés, ce contrat n’était pas en ligne avec le mantra originel de l’entreprise "Don’t Be Evil" (Ne faites pas le mal). Après plusieurs démissions de chercheurs du groupe et des fuites de plus en plus nombreuses dans la presse, l’entreprise a annoncé renoncer à ce contrat qui aurait pu se compter en milliards de dollars à long terme. Depuis, de nombreuses autres polémiques ont bousculé la société sur le travail en Chine ou sur des questions de rémunération.

En 2014, Éric Schmidt, l'ancien PDG de Google, vantait "l'obligation d'être en désaccord" avec sa direction. Aujourd’hui l’entreprise appelle à être beaucoup plus au service des intérêts du groupe. En 2019, un document appelait à "faire le travail pour lequel nous avons été embauchés, pas de passer ce temps à débattre de sujets non liés au travail".

Les tensions seront fortes avec ce syndicat… s’il voit le jour. Car le chemin est encore long pour devenir un partenaire social ayant le droit de négocier des accords salariaux. Le nouveau syndicat doit en effet obtenir l’organisation d’un vote. Pour y parvenir, il faut déjà que 30 % des salariés éligibles indiquent qu’ils sont intéressés par une telle initiative, ce qui est loin d’être garanti. En cas de succès, des géants comme Amazon ou Apple devraient également se retrouver face à des demandes similaires.

Ludovic Dupin avec AFP


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