Publié le 13 avril 2018

SOCIAL

Droit à la déconnexion : Enedis teste une appli pour aider ses salariés à couper avec les mails

L’entreprise Enedis, qui gère le réseau électrique sur le territoire, sert de cobaye pour une nouvelle application de détox digitale. Testé sur 300 salariés, le dispositif devrait bientôt être généralisé à toute l'entreprise. Il permet de choisir des plages de déconnexion à sa messagerie et de bloquer un collègue qui envoie des mails trop virulents, lapidaires ou qui exigent une réponse immédiate. Une démarche qui porte déjà ses fruits.

"La connexion aux outils numériques a échappé à tous les radars, en termes de maîtrise des compétences et de prévention des risques."
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Selon plusieurs études, environ 88 % des cadres et 60 % des actifs consultent leurs mails professionnels en dehors des heures de travail (1). Et un cadre passe au total plus de 5 heures par jour sur ses mails, checkant sa boîte au coucher et au réveil, attentif à la moindre notification. Cette connexion au travail H24 et cette addiction au numérique a des conséquences sur la santé du salarié, son équilibre vie professionnelle/vie privée, mais aussi sur sa relation avec ses collègues.

Le gouvernement a voté en août 2016 le droit à la déconnexion mais les entreprises peinent à le mettre concrètement en pratique. Chez Enedis, une solution est testée depuis quelques mois auprès de 300 salariés de la direction régionale Alpes en collaboration avec le cabinet Master. Il s’agit d’une application qui permet à chacun des collaborateurs de définir des plages de déconnexion pendant lesquelles ils ne recevront aucun mail, y compris sur le temps de travail. En bonus, un bouton permet de signaler un collègue aux pratiques abusives et de bloquer ses messages.

Gérer les urgences

"La connexion aux outils numériques a échappé à tous les radars, en termes de maîtrise des compétences et de prévention des risques. C’est pourquoi, nous accompagnons la mise en place de notre appli d’une formation aux bonnes pratiques. Pour que ça fonctionne, il faut avant tout une prise de conscience collective et une volonté de ne plus subir une situation où chaque messagerie est devenue un "open bar" à tous les excès, en terme de contenu, de fréquence et de nombres de messages reçus", explique Vincent Baud, fondateur du cabinet Master.

Des outils de gestion de crise ont tout de même été mis en place en cas d'urgence (tempête, inondations...). Une fonction permet ainsi à un mail de traverser le système et de lever tous les blocages. "Cette notion d’urgence a beaucoup été questionnée au départ car les salariés avaient peur de passer à côté d’un mail urgent, raconte Sylvian Herbin, directeur régional Enedis Alpes. Mais on se rend compte finalement que le mail n’est pas le meilleur vecteur en cas d’urgence. Il vaut mieux privilégier le téléphone ou la rencontre physique." 

Mails de combat, parapluie, fleuve…

Le groupe public est en phase d’expérimentation, mais les premières données montrent déjà une tendance à la baisse de l’usage des mails. "L’entreprise pourra comptabiliser le nombre de mails mal rédigés, lapidaires, fleuves, parapluies, de combat, de crise… et agir en conséquence pour améliorer sa démarche, précise Vincent Baud. De même, les mises en sommeil de messagerie seront analysées pour comprendre ce qu’il s’est passé." 

"Les premiers retours sont positifs, constate Sylvian Herbin. Les utilisateurs ont un rapport à l’e-mail différent, plus humanisé : ils font des phrases, utilisent des formules de politesse, s’interrogent sur sa pertinence et sur l’opportunité de l'envoyer à telle ou telle personne. Et puis ils sont plus sereins quand ils sont en week-end, car ils sont autorisés à ne pas consulter leurs mails ni à répondre dans la minute. Enfin, cela permet aussi d’optimiser les temps de partage comme les réunions avec des salariés qui n’ont pas toujours le nez dans leur portable." 

L’objectif est désormais d'élargir la démarche aux quelque 39 000 salariés d’Enedis, en commençant par les unités volontaires. Un accord collectif d’entreprise portant spécifiquement sur le droit à la déconnexion vient d’être signé. "Notre pari est de lutter contre l’individualisation de la relation liée au numérique à travers une connexion maîtrisée car l’enjeu est bien de responsabiliser chacun d’entre nous", conclut Michaële Guéguan, directrice des Ressources humaines de l’entreprise.    

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Sondage Harris Interactive pour Enedis, réalisé en mars 2018.


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