Publié le 20 avril 2020

SOCIAL

Des présidents de département demandent l’instauration d’un revenu universel

Dix-neuf présidents socialistes de département ont signé une tribune le 12 avril dernier pour réclamer un revenu de base. Il y a un an, ils avaient déjà déposé une proposition de loi visant à expérimenter une telle mesure sur leur territoire. Celle-ci avait été rejetée. Mais aujourd'hui, dans le contexte du coronavirus, le revenu de base revient en force dans le débat.

Revenu universel Andrii Zastrozhnov
Ces 19 présidents de département se mobilisent depuis plusieurs mois pour mettre en place un revenu de base.
@AndriiZastrozhnov

Dix-neuf présidents socialistes de départements réclament l’instauration d’un revenu de base afin de lutter contre la pauvreté dans le contexte de l’épidémie du coronavirus. Cette allocation serait versée "sans contrepartie mais avec un accompagnement renforcé", de façon automatique "pour résoudre le problème du non-recours aux droits", dès 18 ans "pour lutter contre la précarité des plus jeunes", et elle serait dégressive "en fonction des revenus d’activité" et "d’un montant égal au seuil de pauvreté".

"Le revenu de base apparaît (…) comme une solution pour amortir le choc social qui risque de faire basculer nombre de nos concitoyens dans la précarité", écrivent-ils dans une tribune publiée par Le Journal du dimanche 12 avril. "Comme l’a justement dit le président de la République, des décisions de rupture sont aujourd’hui nécessaires. Cette solution solidaire changera le référentiel des solidarités humaines pour redonner aux Françaises et aux Français confiance en un système créé pour leur apporter, à la fois, la sécurité de l’existence et les outils de leur autonomie."

Un débat qui fait le tour du monde

Il y a un an, ces dix-neuf présidents de département avaient rédigé une proposition de loi pour expérimenter localement un revenu de base, en s’appuyant sur les travaux de la Fondation Jean-Jaurès. La majorité présidentielle l'avait rejetée sans aucun débat contre l'avis de nombreux groupes parlementaires de toutes sensibilités. Le coût d’une telle mesure avait alors été estimé entre 4,7 et 7,5 millions d’euros pour un échantillon de 20 000 personnes.

Avec la crise du coronavirus, de nombreux pays à travers le monde envisagent sérieusement de mettre en place un revenu de base. Des débats existent en Espagne, en Allemagne, au Royaume-Uni. Et aux Etats-Unis, Donald Trump a dégainé un plan de relance massif qui inclut le versement d’un chèque d'environ 1 000 dollars par adulte et 500 par enfant, pour les ménages les plus vulnérables.

Pas seulement un pansement

Le revenu universel figure par ailleurs parmi les idées les plus en vogue pour "le jour d'après" la crise du coronavirus, à mi-parcours d'une consultation en ligne proposée par une soixantaine de parlementaires emmenés par les députés ex-LREM Matthieu Orphelin et Paula Forteza, ainsi que par le "marcheur" de l'aile gauche Aurélien Taché. Une synthèse de la consultation sera rendue publique avant mi-mai. Vingt mesures seront portées par les parlementaires dans un plan d'action post-crise, promettent-ils.

Les défenseurs d’un "vrai" revenu de base (versé à chacun, sans conditions de ressources) appellent toutefois à être vigilants. "Le revenu de base apporterait en effet une sécurité à tous, mais il ne doit pas servir seulement de pansement pour endiguer la crise actuelle", prévient Elena Ambuhl du Mouvement français pour un revenu de base (MRFB). "Sa mise en place doit impérativement s’accompagner d’un débat démocratique sur ses conditions de mise en œuvre au regard de la société que l’on souhaite voir émerger".

Concepcion Alvarez, @conce1


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