Le résultat des élections législatives organisées aux Pays-Bas le 22 novembre montre que les électeurs néerlandais ont préféré ceux qui désignent des boucs émissaires aux crises multiples du moment, à ceux qui privilégient les solutions et l’adaptation à un monde qui change. Geert Wilders, le leader d’extrême droite islamophobe arrive en tête devant la coalition écologiste et sociale-démocrate emmenée par Frans Timmermans, porteur du Green Deal européen. Est-ce le cygne noir qui annonce d’autres victoires d’extrême droite aux élections européennes de juin prochain ?
Geert Wilders, le leader de l’extrême droite néerlandaise porte la même cravate rouge que Donald Trump. Comme lui, il appartient à ces mouvements populistes et racistes qui désignent des boucs émissaires et font du rejet de l’immigration, le totem politique majeur du moment. Au tout dernier moment les sondages avaient commencé à prédire un succès politique à l’extrême droite mais même Geert Wilders a été surpris par l’ampleur de sa victoire mercredi soir.


Elle est de très mauvais augure pour l’avenir de la stratégie de l’Union Européenne qui a fait de son ambition environnementale incarnée par le Green Deal adopté en 2019 le principal cap politique qu’elle tente de valoriser dans une campagne s’étalant dans les rues et les métros de la capitale parisienne. Comment mettre en avant cette idée que l’Europe garantit à ses citoyens la démocratie, la diversité et la protection du climat quand un des pays les plus prospères de l’Union préfère un leader politique qui incarne les valeurs opposées ? 

Défaite de Timmermans, le porteur du Green Deal


Depuis 2010 le pays était dirigé par Mark Rutte de droite libérale qui a mené diverses alliances politiques pendant ses 12 ans de pouvoir. La chute de son dernier gouvernement, en juillet dernier, a ouvert la voie à des législatives anticipées qui étaient supposées départager une proposition de contrat social de centre droit porté par un chrétien-démocrate, Pieter Omtzigt, et une coalition de gauche sociale-démocrate emmenée par Frans Timmermans, commissaire européen en charge du Green Deal jusqu’à sa démission en août 2023 pour se lancer dans la campagne. Son score était déterminant pour redonner de la puissance politique au projet du Green Deal progressivement détricoté par les diverses instances européennes à l’image du vote du Parlement européen du 22 novembre. Il a rejeté le projet de division par deux de l’usage des pesticides en Europe d’ici 2023.



Ce "jour noir pour l’environnement" s’est aussi traduit dans les urnes néerlandaises. Si l’avance de Geert Wilders qui a surpris presque tous les sondeurs ne lui permet pas de gouverner seul puisqu’il obtient 35 sièges alors que la majorité est à 76, elle confirme une tendance politique apparue au printemps. La montée en puissance dans les urnes de partis nationalistes et anti écologistes.


Un avant-goût des élections européennes ? 


Pourtant le réchauffement climatique était un des thèmes de campagne et une marche pour le climat a réuni 70 000 personnes à Amsterdam le 12 novembre dernier, un record de participation pour les ONG environnementales qui avaient appelé à voter pour soutenir une politique climatique ambitieuse. 


Nouveau pays en crise politique, les Pays-Bas préfigurent-ils une situation généralisée à tous les pays qui vont voter en juin prochain pour les élections européennes ? Les réactions à la victoire de Geert Wilders montrent l’inquiétude que fait naître le résultat de ces élections si loin de ce que devrait générer l’urgence climatique, cause d’intérêt général qui devrait conduire à repenser la notion de souveraineté et à relier justice sociale et environnementale. 
Anne-Catherine Husson-Traore, directrice des publications de Novethic
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