Publié le 06 mars 2020

POLITIQUE

[Édito] Le Coronavirus impose au monde de relocaliser ses usines

Le coronavirus est en train de prouver que les grandes chaînes de production mondialisées, en particulier entre la Chine et les pays occidentaux, ne sont absolument pas fiables. Le Covid-19 a réussi à les mettre à genoux en quelques semaines. En France, les voix qui appellent à relocaliser les usines sur le territoire se font de mieux en mieux entendre.

Agnes panier runachet Bruno le Maire Coronavirus relocalisation Bercy
Agnès Pannier-Runachet et Bruno Le Maire ont reçu mardi 3 mars les acteurs économiques du pays pour coordonner une réponse face au Coronavirus.
@Bercy

Quand j’étais plus jeune, dans les années 90, on m’apprenait à l’école que le monde occidental entrait dans une ère post-industrielle, faite de services, de cerveaux et de valeur ajoutée. La grossière production de biens, les chaînes de productions, avaient pour vocation à être mises dans les mains des pays en voie de développement, la Chine en particulier, qui, à l’époque, commençait à peine à s’"éveiller", comme le disaient les économistes alors. Elle était la future usine du monde.

Déjà à l’époque, l’idée me semblait absurde. Et cela fait maintenant plusieurs années que l’extrême dépendance des sociétés occidentales, européennes en particulier, aux chaînes de production délocalisées en Asie, est comprise comme un danger. Mais le retour en arrière est difficile ; tant de milliards ont été investis au loin et le coût du travail est si faible ! Le Coronavirus, qui est en train de rendre malade notre économie, va peut-être enfin réussir à défaire ce que plusieurs décennies de mauvaises doctrines économiques ont fait.

Une industrie poids faible

La mondialisation n’est pas mauvaise par essence, mais incontrôlée, elle est néfaste. La France le paie cher. L’industrie y représentait 25 % du PIB à la fin des années 70, elle représente maintenant à peine 10 %. La moyenne européenne est à 20 %, l’Allemagne est à 27 %... La promotion récente du Made In France, outre son succès de communication, ne parvient pas à réellement changer la donne. Surfant sur la crise du Coronavirus, Bruno le Maire en profite pour insister sur la nécessité de "relocaliser l’industrie".

Il évoque une vraie réorientation stratégique afin de limiter la dépendance française et européenne. Il cite trois secteurs sensibles : les médicaments (dont 90 % des principes actifs sont produits hors de l’Union européenne), l’automobile électrique (pour laquelle l’Europe commence à peine à déployer des usines), ou encore l’aéronautique (dont l’essentiel des fournisseurs est en Chine)… À cela on pourrait rajouter l’électronique et l’informatique.

La souveraineté technologique et industrielle est un prérequis à la souveraineté politique, assure le ministre français. Alors que cette relocalisation était une question de choix jusqu’alors, le coronavirus en fait une obligation. Le risque épidémique, qui va s’accentuer à l’avenir, tout comme le risque climatique, devient un risque physique pour la survie des entreprises trop dépendantes de chaines d’approvisionnement lointaines qu’en réalité elles ne maîtrisent plus vraiment.

Ludovic Dupin @LudovicDupin


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