Publié le 10 avril 2020

POLITIQUE

Coronavirus : Les ministres des Finances européens finissent par s’accorder sur un plan d’aide à 540 milliards d’euros

Il leur aura fallu deux réunions, espacées d’une journée, pour enfin se mettre d’accord sur une réponse commune aux dégâts économiques engendrés par la pandémie. Les ministres des Finances européens, réunis au sein de l’Eurogroupe, se sont accordés sur trois dispositifs de financement du chômage partiel, des entreprises et des États en difficulté pour un montant pouvant atteindre 540 milliards. Un plan de relance est également sur la table, mais son financement est remis à plus tard. 

Mario Centeno Eurogroupe UE
Le 9 avril, Mario Centeno, le président de l'Eurogroupe et ministre des Finances portugais, a réussi à trouver un accord sur un plan commun européen.
@UE

La deuxième séance s’est mieux terminée que la première. Les ministres des Finances européens, réunis dans le cadre de l’Eurogroupe, ont tenu un conseil jeudi 9 avril pour trouver un accord sur la stratégie de soutien de l’économie dans le cadre de la crise du coronavirus. Elle faisait suite à l’échec fracassant de la réunion initiale, tenue dans la nuit de mardi à mercredi.

Cette fois, les ministres des finances ont réussi à se mettre d’accord sur un plan qui pourrait atteindre 540 milliards d’euros pour faire face à l’arrêt brutal de l’économie. La Commission européenne soutiendra les mesures de chômage partiel à hauteur de 100 milliards d’euros, la BEI garantira jusqu’à 200 milliards d’euros de prêts aux entreprises, et le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) ouvrira des lignes de crédit aux États en difficulté jusqu’à 240 milliards d’euros.

Un plan accueilli favorablement par Charles Michel, Président du Conseil européen, l'organe qui réunit les chefs d'État. "Cet accord de l'Eurogroupe est une avancée significative, a-t-il déclaré. Avec ces mesures sans précédent, nous assumons ensemble le fardeau de la crise." Les chefs d'État européens se réuniront le 23 avril pour discuter de l'accord obtenu par les ministres des Finances.

Compromis sur les points de discorde

Les points de discorde, qui ont conduit à l’échec de la réunion du 7 avril, ont donc été aplanis. Moyennant quelques compromis... Les Pays-Bas faisaient en effet barrage d’une part sur les conditions dans lesquels le Mécanisme Européen de Stabilité pourrait financer les États en difficulté, et d’autre part sur toute idée de mutualisation de la dette des États.

Sur le premier point, les ministres européens ont fini par s’accorder sur un assouplissement des conditions d’accès au MES. Ce dispositif, créé pour venir en aide à la Grèce lors de la crise de la dette publique, est normalement assorti d’exigences strictes sur la gestion des États pour les contraindre à réduire leurs dépenses. Exigences que des pays comme l’Italie ou l’Espagne rejetaient dans le cadre de la crise actuelle. Le compromis trouvé permet finalement de s’affranchir de ces conditions. En revanche, les États membres ne pourront utiliser ces lignes de crédit que pour financer leur système de santé, les traitements et la prévention du Covid-19.

Pas de dette commune

Sur la mutualisation des dettes, l’accord est plus timide. Bruno Le Maire, le ministre des Finances français, proposait la création d’un fonds de solidarité abondé par l’émission d’une dette de la Commission européenne. Idée qui ne plaît pas du tout aux néerlandais, qui refusent toute création de dette commune. Sur ce point, la réunion du 9 avril s’est donc soldée par une décision remise à plus tard.

Les ministres déclarent en effet vouloir créer un "Recovery Fund", un fonds de relance pour l’après crise, mais sans rien dire sur son financement. "Des États membres ont exprimé l’idée qu’il devrait être atteint par l’émission d’une dette commune ; d’autres États membres disent que des moyens alternatifs devraient être trouvés", s’est contenté de déclarer Mario Centeno, le président de l’Eurogroupe et ministre des Finance portugais.

Sur ce point précis, la victoire affichée par les pays du Sud est donc plus diplomatique que pratique. L’idée d’une dette commune aux États européens demeurent encore éloignée.

Arnaud Dumas, @ADumas5


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