Publié le 22 juillet 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

États-Unis : Des salariés en grève depuis que leur entreprise travaille avec des centres de détention de migrants mineurs

Pas de savon, de douche, de matelas, de jouet... la situation décrite dans les centres de détentions de migrants mineurs à la frontière mexicaine aux États-Unis est déplorable. Et les salariés de Wayfair ne veulent pas en être complices. 10 % des employés ont participé à une grève demandant à leur entreprise, qui fournit des lits à ces camps de détention, de cesser toute activité en lien avec ce système. 

Enfant migrant detention
Le 29 juin, des centaines de salairés de Wayfair ont manifesté.
©wayfairwalkout

Ils étaient 500 employés à défiler fin juin contre la politique de leur entreprise. 10 % des salariés de Wayfair, un distributeur américain de meuble, ont demandé à leur employeur de ne plus vendre de lits destinés à équiper les camps dans lesquels sont détenus les enfants mineurs migrants. La commande de meubles est évaluée à 200 000 dollars à destination de BCFS, un centre pouvant accueillir environ 1 600 mineurs non accompagnés au Texas.

"Le gouvernement des États-Unis et ses sous-traitants sont responsables de la détention et du mauvais traitement de centaines de milliers de migrants demandeurs d’asile dans notre pays, nous voulons que ça cesse", écrivent les employés dans une lettre, "nous voulons également nous assurer que Wayfair ne contribue en rien à permettre, à soutenir ou à tirer profit de cette pratique".

 

Les employés réclament que les 86 000 dollars de profits déjà réalisés par Wayfair soient reversés à un service juridique à but non lucratif qui aide les familles séparées à la frontière à se réunir. 

Pas de savon, de douche ou de lit 

Il faut dire qu’une semaine plus tôt, l’association Human Right Watch a visité ce centre de Clint à El Paso, près de la frontière avec le Mexique. Elle y a décrit des conditions "horrifiques". "Les enfants sont enfermés dans des cages ou des cellules presque toute la journée. Rares sont ceux qui ont l’occasion de sortir dehors pour jouer", détaille un groupe d’avocat au New York Times. Les enfants, dont les plus jeunes sont âgés de 2 ans, n’ont pas de brosse à dents, de dentifrice, de savon ou même de couche, et dorment à même le sol.

Dans une lettre de réponse, le PDG de Wayfair affirme qu’il "est de notre devoir de vendre à tout client agissant dans le respect des lois des pays dans lesquels nous opérons. Nous sommes convaincus que notre engagement à respecter toutes les commandes est le meilleur moyen de servir l’ensemble de nos parties prenantes, employés, clients, investisseurs et fournisseurs. Cela ne signifie pas que nous soutenons les opinions ou les actions des groupes ou des individus qui achètent chez nous". Le jour de la manifestation, les actions de Wayfair ont chuté de 5,3 % en bourse. 

Sept enfants morts en détention

Les manifestants ont reçu le soutien de la représentante démocrate américaine très en vue, Alexandria Ocasio-Cortez. Elle a dénoncé une "cruauté systémique" et une "culture déshumanisante qui traite les migrants détenus comme des animaux". Au Congrès, c’est elle qui a recueilli le témoignage de Yazmin Juarez, une immigrée guatémaltèque dont la petite fille de 21 mois est décédée après avoir été détenue dans un centre en 2018. Elle estime que son enfant est morte des "suites de négligence et maltraitance".

"Mariee était une petite fille en bonne santé lorsqu’elle a été confiée à ICE (un centre de détention, NDR). Mais 20 jours plus tard, elle est partie avec une infection potentiellement mortelle", écrit la jeune femme, "Si le centre de détention d’ICE avait été sûr et hygiénique et si les équipes avaient donné à ma fille les soins médicaux appropriés dont elle avait besoin, Mariee serait peut-être encore ici aujourd’hui pour se préparer à fêter son troisième anniversaire en août".

Depuis le début de l’année, sept enfants seraient morts dans ces centres de détention. Le 10 juillet, la chaine NBC News a révélé que des enfants migrants avaient signalé des faits d’agressions sexuelles et de conditions insalubres dans un poste d’Arizona. Deux semaines plus tôt, le chef par intérim de la police américaine aux frontières, John Sanders, a présenté sa démission. 

Marina Fabre, @fabre_marina


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