Publié le 25 mars 2014

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Territoires palestiniens occupés : le dilemme des fonds de pension hollandais

L'exclusion de 5 banques israéliennes par PGGM a provoqué une crise diplomatique entre les deux pays. A l'origine de la décision de l'un des deux plus grands fonds de pension des Pays-Bas, le financement par ces établissements d'activités économiques dans des colonies juives implantées dans les territoires occupés. Cette affaire symbolise les difficultés qu'ont de grands investisseurs à respecter leurs engagements de choisir des entreprises respectueuses des droits humains.

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Logo de PGGM

Une tempête politique et médiatique. L'exclusion de cinq banques israéliennes, au motif qu'elles finançaient les colonies juives dans les territoires palestiniens et violaient ainsi le droit international, a provoqué des remous, tant du côté d'Amsterdam que de Tel Aviv.

Cette affaire, qui date du mois de février de cette année, symbolise les cas de figure épineux auxquels sont confrontés les investisseurs responsables. « D'un point de vue juridique, c'est un cas très clair puisque les décisions des Nations Unies rendent l'occupation des territoires occupés illégale » explique Giuseppe Van den Helme qui dirige VBDO, le forum pour l'investissement responsable néerlandais. « Mais depuis que nous organisons des forums entre entreprises, investisseurs et ONG sur le respect des droits humains, nous savons que ces décisions d'ordre éthique et politique sont toujours très complexes. Elles génèrent d'importants débats au sein des institutions financières. »

VBDO a publié, le 12 février, une étude analysant les positions des principaux investisseurs des Pays-Bas sur la question des territoires occupés. Parmi ces 50 fonds de pension - 30 assureurs et 10 banques - 70 % ont une politique spécifique sur les droits humains. Dans le cas des territoires occupés, Giuseppe Van den Helme explique : « L'idéal serait d'avoir une position commune à tous les investisseurs engagés mais l'expérience montre qu'ils n'agissent pas forcément de la même manière face à la même situation. Nous leur recommandons d'expliquer publiquement leurs décisions et d'être transparents sur les choix qu'ils font en termes de droits humains. »

PGGM s'est trouvé isolé aux Pays-Bas. Ses bureaux ont été la cible de manifestations et son gouvernement a été sommé par Israël de lui demander de renoncer à sa liste noire. L'autre grand fonds de pension, APG, a annoncé qu'il ne partageait pas sa vision de la situation.
Les medias israéliens, à quelques rares exceptions près, ont dénoncé ce boycott qui met Israël sur le même plan que l'Afrique du Sud, « blacklistée » du temps de l'apartheid par les investisseurs éthiques. La virulence de la réaction est à la hauteur des inquiétudes des acteurs économiques israéliens. Ils s'inquiètent de l'ampleur que prend progressivement le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), lancé en 2005 par 170 ONG palestiniennes.

Ces sociétés israéliennes redoutent les conséquences d'un mouvement d'exclusion qui s'étendrait au-delà de l'Europe du Nord.

Anne-Catherine Husson-Traore
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