Publié le 24 janvier 2023

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

LVMH renonce finalement à installer son centre de recherche sur le campus de Polytechnique

Et de deux. Après Total Énergies, il y a un an, LVMH recule à son tour. Le géant du luxe ne va finalement pas installer son centre de recherche sur le campus de Polytechnique au centre du plateau de Saclay. Le projet avait entraîné une levée de boucliers de la part d’élèves et d’anciens élèves, accusant leur école de se vendre aux "intérêts privés".

Ecole polytechnique palaiseau
La direction de LVMH a finalement décidé de s’orienter "vers un terrain situé en dehors du plateau de Saclay".
@Ecole polytechnique

Après Total Energies, c’est au tour de LVMH de renoncer à installer son centre de recherche sur le campus de Polytechnique, en région parisienne. Le géant du luxe a finalement décidé de s’orienter "vers un terrain situé en dehors du plateau de Saclay", a annoncé sobrement dans un communiqué l'Ecole Polytechnique qui "prend acte de la décision". Le projet avait soulevé l'opposition d'élèves et d'anciens élèves qui accusaient leur école de se vendre aux intérêts privés. Deux recours juridiques avaient également été déposés par le collectif "Polytechnique n'est pas à vendre".

"Nous nous réjouissons de cette décision et tenons à remercier toutes les personnes qui se sont mobilisées à nos côtés. Un an après Total, le renoncement de LVMH entérine l’échec de la stratégie consistant à vendre à la découpe les terrains du campus à des grands groupes. Il est urgent de réfléchir collectivement à un autre avenir pour ces terrains", réagit Thomas Vezin, secrétaire général de l’association La Sphinx, regroupant des élèves actuels et anciens de Polytechnique.

"Trouver des solutions au 1 % le plus riche de la population ? "

Annoncé en juillet, le projet de LVMH, baptisé LVMH Gaia, est de regrouper à terme 300 chercheurs qui travailleront sur le luxe durable et le digital. Dans une tribune publiée en septembre par Le Monde, des dizaines d’anciens élèves reprochaient à ce "projet délétère" de "travailler sur des problèmes techniques éloignés des thématiques de recherche de l’école".

Ils s'interrogeaient alors : "Quelles sont les perspectives de formation et de recherche de l’Ecole polytechnique dans les décennies à venir ? Trouver des solutions pour l’industrie du luxe, afin de permettre au 1 % le plus riche de la population de continuer à consommer toujours plus ? Ou former des ingénieurs aptes à accompagner l’ensemble de la population pour faire face à la crise climatique et à l’effondrement de la biodiversité ?".

Le projet de recherche, lui, n'est pas remis en cause

Mais si LVMH a physiquement été éloigné du campus, en revanche, "les travaux portant sur les matériaux durables (...) seront mis en œuvre" tout comme "les échanges sur les deux autres thématiques de recherche identifiées, que sont la Data et l’IA (intelligence artificielle, NDLR), et les Sciences du vivant", précise l’Ecole Polytechnique. Le partenariat de recherche de deux millions d'euros par an pendant cinq ans n’ayant pas été remis en cause.

Il y a tout juste un an, TotalEnergies avait renoncé à implanter son nouveau pôle de recherche et développement sur un autre terrain situé à proximité de Polytechnique, après une première mobilisation d'enseignants et d'élèves opposés au projet. L’École et l’Institut Polytechnique de Paris indiquent toutefois vouloir continuer de "développer le parc d’innovation destiné à accueillir des activités de recherche et d’innovation", où devaient s'installer Total et LVMH, en "commençant par l’instruction en cours d’un projet de bâtiment partagé de recherche".

Les associations d’élèves et d’anciens élèves disent rester "vigilantes concernant les liens entre l’École polytechnique et ses entreprises partenaires, et rappellent que l’établissement ne respecte toujours pas ses obligations légales de transparence à ce sujet". À ce jour, plusieurs entreprises ont déjà installé leur centre de recherche sur le plateau de Saclay, à l'instar d’EDF, Danone, Sanofi, Thales ou encore Safran.

Concepcion Alvarez @conce1 avec AFP


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