Publié le 08 août 2018

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Le groupe Rocher accusé de casse syndicale dans une usine en Turquie

120 salariés d’une usine turque ont été licenciés en quelques mois seulement alors qu’une campagne de recrutement syndical était lancée dans l’entreprise. Les ONG accusent le groupe Rocher, actionnaire majoritaire, de casse syndicale. Elles ont lancé une pétition signée par plus de 100 000 personnes et manifestent devant les magasins Yves Rocher, fleuron de la maison-mère, pour la pousser à se rétracter.

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Le groupe Rocher, qui détient la célèbre marque Yves Rocher, est accusé d'avoir licencié 120 ouvrières parce qu'elles étaient syndiquées.
@industriALL

Le géant français des cosmétiques est accusé d’avoir licencié 120 ouvrières en Turquie pour avoir adhéré à un syndicat. En mars dernier, une intense campagne de recrutement est menée au sein de l’usine de Gebze, située près d’Istambul, au nord-ouest du pays, par Petrol-İş, le syndicat du pétrole, de la chimie et du caoutchouc de Turquie. Rapidement, il parvient à fédérer un nombre important de travailleurs et obtient la majorité, explique le syndicat dans un communiqué. Il tente alors d’approcher la direction pour entamer des négociations collectives mais se heurte à un refus catégorique.

La direction de l’usine conteste devant la justice l’agrément officiel obtenu par le syndicat et débute une vague de licenciements, provoquant la colère des salariés et des organisations sur place. Pendant plusieurs semaines, des piquets de grève et des manifestations ont lieu devant l’usine pour dénoncer la situation. "Qu’ils [les grévistes] restent des semaines devant la porte s'ils le veulent ! Si vous les rejoignez, nous ne vous paierons pas vos indemnisations", aurait alors lancé la direction de l’usine pour intimider les autres salariés.

Les accidents de travail sont monnaie courante  

"Il est absolument inacceptable qu’une marque internationale aussi renommée ne respecte pas les droits fondamentaux des travailleurs au sein de ses filiales. Nous attendons d’Yves Rocher qu’elle remédie sur-le-champ à la situation, dénonce Valter Sanches, secrétaire général d’IndustriALL, la fédération syndicale internationale. La conduite de Kosan Kozmetik constitue une atteinte flagrante à la législation du travail turque, de même qu’aux normes du travail internationales fondamentales".

Fin avril, IndustriALL décide d’écrire au groupe Rocher pour l’alerter sur les agissements de sa filière invoquant le devoir de vigilance des sociétés mères (1). Le groupe Rocher a racheté l’entreprise Kosan Kozmetik en 2012. Celle-ci distribue les produits de la marque Flormar, leader des cosmétiques en Turquie. Avec une croissance annuelle de 20 %, Flormar est distribué dans 40 000 points de vente à travers 90 pays, dont la France.

"Mais les salariés eux ne voient toujours pas le début d’une amélioration de leurs conditions de travail : stagnation des salaires, cadences soutenues sur des machines dangereuses, menaces et pressions psychologiques, mises en danger de la vie de ses salariés... Les accidents de travail sont monnaie courante et la direction refuse systématiquement tout arrêt médical. Ainsi des salariés sont-ils obligés de continuer à travailler avec un poignet cassé, un traumatisme crânien...", raconte Fatah Sadaoui, responsable de campagnes chez SumOfUs.

Climat social néfaste

Fin juin, le groupe Rocher s’est fendu d’un tweet afin de dissocier la marque Yves Rocher de la filiale du groupe et de l’entreprise turque. Joint par Novethic, un porte-parole du groupe indique par ailleurs "être très chagriné par ce climat social néfaste pour l’entreprise et ses collaborateurs." 

Bonjour, La Marque Yves Rocher n’a pas de lien avec la procédure actuellement engagée par Kosan Kozmetik en Turquie. Elle est, au sein du Groupe Rocher, une marque distincte de Flormar dont Kosan Kozmetik distribue les produits en Turquie.

— Yves Rocher (@YvesRocherFR) 26 juin 2018

"Les licenciements sont venus sanctionner des comportements dangereux de la part de salariés qui participaient aux manifestations et qui avaient notamment proféré des menaces à l’encontre d’autres salariés. Notre démarche consiste plutôt à laisser les rênes au management local mais dans cette situation, un plan d’action a été lancé pour l’accompagner au mieux", précise encore le porte-parole. 

Dans son dernier rapport RSE, le groupe Rocher indique par ailleurs avoir entrepris des "investissements significatifs dans l’usine de Flormar en matière d’équipements de protection individuel et de machines de conditionnements". Une infirmière a également été recrutée et deux personnes affectées à temps plein au plan de sécurité. Cela a permis de réduire les accidents de travail de 80 % par rapport à 2015, selon le groupe.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir le courrier adressé par IndustriALL au groupe Rocher.


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