Publié le 22 octobre 2019

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Crise des opioïdes : le grand procès de l’industrie pharmaceutique n’aura pas lieu

Ce 21 octobre devait s’ouvrir un procès emblématique aux États-Unis, celui de laboratoires et distributeurs accusés d’être à l’origine de la crise des opioïdes, qui a provoqué la mort de 400 000 personnes dans le pays ces 20 dernières années. Mais au tout dernier moment, ils ont obtenu un accord avec les plaignants, essentiellement des collectivités locales, qui leur demandaient de payer pour assurer les traitements des dizaines de milliers de personnes dépendantes.

Laboratoires, distributeurs et pharmaciens doivent répondre devant le tribunal fédéral de leur rôle dans la crise des opioïdes qui ravage les États-Unis depuis vingt ans.
@BackYard

Après de multiples rebondissements, le procès géant qui devait s’ouvrier hier, 21 octobre, autour de la crise des opioïdes n’aura pas lieu. In extremis, à quelques heures d’un procès qui menaçait leur réputation et leurs affaires, les laboratoires et distributeurs pharmaceutiques accusés ont obtenu un "accord de principe" qui devrait leur éviter le plus grand procès de santé publique aux États-Unis depuis les poursuites contre les fabricants de tabac dans les années 1990.

Sur le banc des accusés, on devait trouver un laboratoire (Teva), trois distributeurs de médicaments (Amerisource Bergen, Cardinal health et McKesson) et un pharmacien (Walgreens Boots Alliance). Tous nient leur responsabilité dans la crise. L’accord de principe, qui a été conclu avec deux comtés de l’Ohio, se chiffre à 260 millions de dollars. Il devrait être généralisé avec l’ensemble des plaignants, plus de 2 500, essentiellement des villes, comtés et presque tous les États fédérés américains. Et se chiffrer à près de 50 milliards de dollars, étalés sur des années.

Un coût gigantesque pour les collectivités

Ce procès, le premier d’ampleur fédérale, était fortement attendu par les Américains. Et plus particulièrement par les collectivités locales (dont l’Ohio, très touché) qui doivent aujourd’hui prendre en charge ces personnes dépendantes.

Les plaignants considèrent l’industrie pharmaceutique comme responsables de cette crise sanitaire déclarée "urgence nationale" par Donald Trump en 2017. Depuis 20 ans, 400 000 personnes sont mortes des suites d’overdose ou de dépendances aux opioïdes, ces médicaments anti-douleurs ultra puissants, prescrits en masse aux Américains. Des dizaines de milliers d’autres, dont des enfants, doivent encore aujourd’hui lutter contre la dépendance et les opioïdes tuent encore 130 personnes par jour. Ils espèrent donc faire payer l’industrie pharmaceutique pour les gigantesques coûts générés par cette crise. Rien que pour ces quatre dernières années, ils sont estimés à 631 milliards de dollars par an en frais de santé, en productivité perdue mais aussi en moyens mis en œuvre face aux pressions exercées sur le système pénal. Et les coûts pourraient monter en flèche ces prochaines années.

Les plaignants estiment que c’est donc à l’industrie pharmaceutique de payer. Ils accusent les fabricants de médicaments d’avoir commercialisé leurs drogues de manière trop agressive et d’avoir minimisé leurs risques de dépendance, tandis que les distributeurs n’étaient pas assez sévères pour bloquer les commandes suspectes. Des accusations que l’industrie a toujours nié.

La bataille judiciaire continue ?

La solution de l’accord amiable trouvée lundi était soutenue par le juge lui-même car elle donne aux communautés touchées les fonds nécessaires pour lutter contre la dépendance aux opioïdes bien plus rapidement que le long processus de jugement et les éventuels appels qui ne manqueront pas de suivre. Celui-ci était prévu pour durer des mois, voire plus.

Si ce procès, considéré comme emblématique, n’aura finalement pas lieu, le bras de fer juridique entre les collectivités et l’industrie pharmaceutique n’est pas tout à fait terminé. Si quatre des accusés ont signé l’accord, la chaîne pharmaceutique Walgreens ne l’a pas fait. Et il reste à sceller un accord global avec les milliers de plaignants. Ces derniers mois, plusieurs accords ont été trouvé pour éviter les milliers de procédures en cours. En août, le laboratoire Johnson & Johnson a été condamné à payer une amende de 572 millions de dollars par un tribunal de l’Oklahoma avant de conclure, comme de nombreux laboratoires, un accord amiable à plusieurs millions pour éviter de nouveaux procès comme celui qui devait se tenir le 21 octobre. Certains comme Purdue, ont aussi opté pour la tactique de la mise en faillite qui leur permet aussi de passer par des procès dont ils ne veulent pas…

Le règlement de lundi a été qualifié d’"étape importante" dans la lutte contre l'épidémie d'opioïdes par les procureurs généraux des États de Caroline du Nord, du Tennessee, de Pennsylvanie et du Texas. "La crise a frappé la population dans tous les coins du pays et il est essentiel que les fonds soient répartis équitablement entre les États, les villes et les comtés et utilisés avec sagesse pour lutter contre la crise", ont-ils déclaré dans un communiqué conjoint. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud 


© 2020 Novethic - Tous droits réservés

‹‹ Retour à la liste des articles

GOUVERNANCE D'ENTREPRISE

Entreprises controversées

Quand elles commettent des violations graves et répétées de conventions internationales, les entreprises sont dites controversées. Cela signifie qu’elles peuvent être mises sur des listes noires d’investisseurs et attaquées par des ONG sous des formes diverses.

Facebook haine en ligne boycott

Haine en ligne : Facebook s'enfonce après une campagne de boycott de plusieurs centaines d'annonceurs

Facebook est touché au portefeuille. Après l'affaire George Floyd et l'explosion du mouvement Black Lives Matter, le réseau social est sommé de modérer davantage les messages haineux et racistes. Pour l'y contraindre, des centaines d'entreprises boycottent leurs publicités sur la plateforme. C'est...

Batiment total polytechnique maquette

Malgré la polémique, Total va s'installer au centre de la vie étudiante de Polytechnique

L'école Polytechnique (X) vient de valider l'emplacement du centre de recherche de Total sur les énergies bas-carbone. Le projet est contesté par les élèves, enseignants et ONG car il remet en cause, selon eux, le principe de neutralité de l'établissement. Face à la polémique, le comité...

Roundup : Bayer signe un retour en force dans les affaires liées au glyphosate

Bayer pourrait bientôt tourner la page des litiges sur le glyphosate, qui le plombent depuis sa fusion avec Monsanto. Le groupe pharmaceutique vient de conclure un accord l'engageant à débourser plus de dix milliards de dollars pour mettre un terme aux poursuites. Une somme bien en-dessous de ce...

Lidl Olivier Dauvers PS4 promotions

Une promotion choc chez Lidl provoque une cohue

Alors que la France déconfine progressivement, à l'occasion de l'ouverture d'un nouveau magasin dans les Yvelines l'enseigne allemande Lidl a proposé une offre choc : une Playstation 4 vendue à 95 euros au lieu de 200 à 300 euros habituellement. Une promotion qui attiré des centaines de clients et...