Publié le 13 novembre 2019
ENVIRONNEMENT
[Vidéo] Un chalutier néerlandais géant accusé d’épuiser les ressources par les pêcheurs français
C'est un navire-usine qui peut pêcher en un seul jour l'équivalent de cinq chalutiers français en un an. Le Margiris, ce bateau de pêche néerlandais et ses 143 mètres de long cristallise les tensions avec les pêcheurs français depuis qu'il a sillonné la Manche. Ces derniers l'accusent d'épuiser les ressources. Et ce n'est pas un cas isolé, d'autres chalutiers géants pêchent dans cette zone, en toute légalité.

Pierre Gleizes / Greenpeace
143 mètres de long, 18 de large. Cette usine flottante s’appelle le Margiris et c’est le deuxième plus gros bateau de pêche du monde. Début novembre, il était encore en train de sillonner les eaux de la Manche, en face des côtes françaises, à la recherche de poissons pélagiques, vivant près de la surface. Ce mastodonte néerlandais est accusé par les pêcheurs français d’épuiser les ressources.
"Un bateau comme ça n’a rien à faire dans la Manche", déplore dans la Voix du Nord Olivier Leprêtre, patron de chalutier et président du Comité régional des pêches. "Il faut arrêter ça, la Manche, c’est un bras de mer, ce n’est pas l’Atlantique. Avec ce genre de bateau, on va tuer la pêche artisanale". Les chiffres sont éloquents : le Margiris peut, en un seul jour, pêcher 250 tonnes de poissons. C’est l’équivalent de la pêche en une année, de cinq chalutiers français.
"Ils mettent l'océan à sec"
"Ces navires usines mettent l’océan à sec ! On invite encore une fois les pêcheurs qui accusent les phoques des Hauts-de-France de manger trop de poissons, de se pencher plutôt sur le VRAI problème…", ironisait plus tôt l’ONG Sea Shepherd. Et le sujet est pris avec le plus grand sérieux par les présidents des régions concernées mais aussi les députés normands dont l’ancien ministre de l’Agriculture Stéphane Travert.
Dans une lettre commune adressée au ministre Didier Guillaume, ils écrivent : "Alors que les pêcheurs de nos côtes ont su mettre en place un modèle économique pérenne et respectueux de l’environnement, nous ne pouvons tolérer que cet équilibre vertueux mais fragile soit mis en danger". Ils demandent que ces bateaux usines fassent "de toute urgence l’objet d’un contrôle plus strict".
Le Brexit pourrait aggraver la situation
Le Margiris n'est pas un cas isolé. Le Annie Hillina, détenant les mêmes capacités de pêche, a aussi été aperçu dans les eaux britanniques en novembre. D’autres chalutiers géants les ont remplacés après leur départ. Malgré les sollicitations des pêcheurs locaux, Didier Guillaume a rappelé à l’AFP que la présence de ces navires " peut susciter (…) l’émotion des communautés littorales", mais "leur activité est totalement conforme aux accords de la politique commune des pêches". Il garantit toutefois que ces bateaux feront l’objet "de la vigilance des services de contrôle".
D’autant que la situation pourrait se détériorer en cas de "no deal" avec le Brexit. Aujourd’hui, comme le rappelle le Figaro, les États européennes partagent leurs eaux territoriales. Si le Royaume-Uni venait à sortir de l’UE, les bateaux qui sillonnent la Manche se rabattraient irrémédiablement dans les eaux françaises, à moins d’un accord particulier entre les chalutiers et le Royaume-Uni.
Marina Fabre, @fabre_marina