Publié le 21 août 2020

ENVIRONNEMENT

Jour du dépassement : la crise du Covid-19 a donné à peine quelques jours de répit à la planète

À partir de samedi 22 août, l'humanité aura consommé plus de ressources naturelles que la Terre ne peut en renouveler en 12 mois. C’est ce qu’on appelle le "jour du dépassement". Une fois n’est pas coutume, il a reculé de 25 jours, passant de fin juillet à mi-août. C’est bien peu alors que plus de trois milliards d’humains avaient été confinés et leur consommation drastiquement réduite.

Terre depuis l ISS NASA
Vue de la Terre depuis la station spatiale internationale (ISS).
@Nasa

Le "Overshoot Day", le jour du dépassement en français, selon son nom anglais, calculé depuis 2003 par l'ONG américaine Global Footprint Network, a pour but d'illustrer la consommation toujours plus rapide d'une population humaine en expansion sur une planète limitée. Si la méthode de calcul est parfois discutée, il n’en reste pas moins un bon indicateur de notre surconsommation. Selon celui-ci, il faudrait cette année 1,6 Terre pour subvenir aux besoins de la population mondiale.

Le "dépassement" se produit quand la pression humaine dépasse les capacités de régénération des écosystèmes naturels. Il ne cesse, selon l'ONG, de se creuser depuis 50 ans. Le jour du dépassement était tombé le 29 décembre en 1970, le 4 novembre en 1980, le 11 octobre en 1990, le 23 septembre en 2000, le 7 août en 2010. L'an dernier, en 2019, il était tombé le 29 juillet.

Pas de quoi se réjouir

En 2020, il arrive donc 25 jours plus tard, le 22 août. Un répit de presque un mois donné à la planète, attribuable aux conséquences de la pandémie mondiale qui a paralysé des pans entiers de l'activité humaine. "Il n'y a pas de quoi se réjouir car ça vient avec des souffrances, ce n'est pas fait exprès, mais par une catastrophe", déplore Mathis Wackernagel, président de Global Footprint Network lors d'un événement en ligne. Il appelle à un changement global de système.

Overshootday jour du dépassement 1970 2020

Selon les données de l’ONG, l'une des principales raisons de ce recul tient à la baisse de l’empreinte carbone qui a diminué de 14,5 %. La mise à l’arrêt du transport routier, maritime, aérien aurait même permis d’atteindre un pic de réduction d’émission de 17 %. Un autre facteur expliquant le recul est une baisse de l’empreinte forestière de 8,4 %. "L'activité dans l'industrie forestière a diminué ces derniers mois, à la fois en raison de la réduction générale de l'activité économique et en raison de projections indiquant une diminution de la demande de matériaux de construction, du fait du ralentissement économique à venir", explique l’ONG.

Changement global

Ces baisses ne sont que temporaires. C’est pourquoi Global Footprint Network met en avant sa campagne #movethedate (faire reculer la date). Elle assure que réduire de 50 % les émissions de CO2 issues de la combustion d'énergies fossiles permettrait de repousser le dépassement de plus de 90 jours, ou que diviser par deux la consommation de protéines animales ferait gagner 15 jours.

Marco Lambertini directeur général du WWF, partenaire de l'événement depuis 2007, veut espérer qu'après le Covid, et les réflexions qu'il a déclenchées sur les modèles de société, les humains sauront "tirer des leçons de ce que cette pandémie a mis en lumière : la relation non-soutenable, de gaspillage et destructrice que nous entretenons avec la nature, la planète".

Selon une étude publiée début août par la revue Nature Climate Change, la chute sans précédent des émissions de gaz à effet de serre pendant les confinements dus au Covid (qui pourrait atteindre 8 % selon cette étude, plus de 10 % selon Global Footprint) ne servira à "rien" pour ralentir le réchauffement climatique, en l'absence d'un changement systémique en matière d'énergie et d'alimentation.

Ludovic Dupin avec AFP


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