Publié le 01 août 2019

ENVIRONNEMENT

Les nouvelles routes de la soie : un projet commercial titanesque, à haut risque environnemental

C’est le projet du siècle. Du moins selon son initiateur, le président chinois Xi Jinping. Moins connu que les accords commerciaux comme le CETA, le Mercosur ou le TAFTA, le projet fou des nouvelles routes de la soie commence pourtant à faire parler dans les milieux politiques, économiques et financiers. Il s'agit d'une série d’investissements d’une ampleur inégalée, dont le but est d'assurer l’hégémonie chinoise sur le monde. Avec des conséquences environnementales potentiellement désastreuses.

Terminal containers port de Shangai Chine route de la soie chuyu
Terminal de containers sur le port de Shanghai en Chine.
@chuyu

Des épices transportées à dos de chameaux dans les steppes de l’Asie centrale… Oubliez cette version bucolique de La route de la soie. La version XXIème a bien changé. Son nom de code international est d’ailleurs bien moins poétique : Belt and Road Initiative (BRI). S’il s’agit toujours de faciliter le commerce entre la Chine et le reste du monde, le projet des nouvelles routes de la soie lancée par Xi Jinping en 2013 est un réseau de ports, routes, rails, pipelines et autres réseaux financiers, culturels et digitaux. Mais il commence à faire grincer des dents, notamment concernant son impact environnemental.

Un projet pharaonique

Près de 130 pays sont à ce stade concernés principalement en Asie et Afrique, dont beaucoup de pays en développement. Mais des portes d’entrée commencent aussi à s’ouvrir en Amérique centrale et du Sud, ainsi qu’en Europe, malgré de grosses réticences, de la France notamment. Le port du Pirée en Grèce est ainsi passé sous pavillon chinois, un autre (Sinès) près de Lisbonne au Portugal est en passe de l’être et un rapprochement avec l’Italie est en cours.

De grandes multinationales, comme Siemens ou GE, sont également impliquées à travers des alliances avec les compagnies d'état chinoises. Au final, selon l’assureur Euler Hermes, le projet concerne près de 40 % du commerce de la planète, presque autant du PIB mondial et près de 80 % de la population. Cela représente également 50 % des émissions de CO2.

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Pays impliqués dans la nouvelle route de la soie chinoise en avril 2019.

Des investissements peu soucieux de l’environnement ?

Avec 1100 milliards de dollars de financement, 400 milliards de dollars d’infrastructures et 127 milliards d’opportunités à l’export, le projet représente "l’équivalent de 10 plans Marshall", selon le chef économiste d’Euler Hermes, Ludovic Subran. Les premières vagues d’investissement de la BRI dans le projet (2014-2017) ont très largement été orientées vers les énergies fossiles, selon une étude du World Resources Insititute (WRI) et du Global Developement policy center (université de Boston).

Plusieurs experts ont d’ailleurs alerté sur les conséquences environnementales de l’initiative et leur manque d’évaluation. Le type de projets, leur multiplicité, le fait qu’ils soient portés par de nombreux et différents acteurs et qu’ils soient situés dans des pays où peu d’incitation et d’obligation sont mises en place pour réduire les émissions de gaz à effet de serre, occasionnent un nombre de risques particulièrement élevés.

Un renforcement progressif des critères environnementaux et sociaux

En 2018, des experts de l’environnement du monde entier dénonçaient une menace pour la biodiversité via notamment l’accroissement des routes dans le cadre d’une tribune publiée dans Nature Sustainability. Ils s’appuyaient notamment sur une étude du WWF évaluant que les corridors commerciaux créés par la BRI empièteraient sur le territoire de 265 espèces menacées dont 81 en danger et 39 en danger critique d’extinction.

La donne pourrait cependant changer espèrent plusieurs experts. Les dirigeants chinois ont assuré vouloir de Nouvelles routes de la soie "à la fois économiquement viables et respectueuses de l’environnement". Des mesures en ce sens ont été mises en place avec des études d’impact et des instruments financiers dédiés à l’initiative (type green bonds).

Le jeu en vaut la chandelle estiment Ma Jun, directeur du Centre pour la finance et le développement de l’université de Tsinghua et Simon Zadek, co-Directeur du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) dans une tribune. Car le projet pourrait donner "un coup de fouet aux économies des pays en développement et améliorer les revenus de millions de personnes".

Béatrice Héraud @beatriceheraud


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