Publié le 09 février 2016

ENVIRONNEMENT

Accord de Paris : comment poursuivre la dynamique amorcée par les entreprises ?

Mobilisées pendant la COP21, les entreprises françaises veulent désormais obtenir des garanties quant aux objectifs de lutte contre le changement climatique fixés par l’Accord de Paris. Elles redoutent notamment de perdre en compétitivité si elles devaient être seules à s’engager. 

Pierre Gattaz et Bruno Lafont en pleine discussion avec Laurent Fabius lors de la COP21.
Eric Piermont / AFP

Au siège du Medef, ce lundi 8 février, on refait le match de la COP21. "L’Accord de Paris a marqué un tournant, admet Bruno Lafont, président du pôle Développement durable du Medef. A Copenhague, les entreprises étaient très en retrait mais elles se sont rattrapées à Paris avec une mobilisation importante et un discours offensif sur leur capacité à apporter des solutions."

Désormais, tout l’enjeu pour les entreprises consiste donc à poursuivre cette dynamique jusqu’à la COP22, qui se tiendra au Maroc début novembre. Et bien au-delà.

 

"Pour le patronat, la COP22 doit être la COP des concrétisations" 

 

A Paris, les entreprises ont été, au même titre que les collectivités et la société civile, considérées comme des parties prenantes nécessaires à la lutte contre le changement climatique.

"L’Accord  de Paris tient sur deux jambes : le texte en lui-même et l’agenda des solutions, qui a contribué à irriguer et à faire bouger les lignes de la négociation officielle, explique Pascal Canfin, directeur exécutif du WWF France. En cela, il a introduit une rupture." Comment alors poursuivre sur cette lancée ? 

Lors de la rencontre au siège du Medef, tous le répètent à l’envi : le partenariat entre gouvernements et entreprises doit être la norme. "Pour y arriver, nous devons travailler main dans la main", a ainsi affirmé Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères et toujours président de la COP21. La prochaine édition de la Conférence onusienne sur le climat, la COP22, devrait d’ailleurs permettre "d’approfondir" ces partenariats, précise-t-il.

Même discours du côté de Miriem Bensalah-Chaqroun, présidente de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) : "Pour le patronat, la COP22 doit être la COP des concrétisations." 

 

Obtenir des garanties

 

Malgré l’enthousiasme affiché, les entreprises veulent des garanties sur les concrétisations de l’accord et leur mise en œuvre par les Etats. Elles "veulent savoir quel système de suivi et de contrôle des INDC (contributions climatiques nationales) va être mis en place. Elles attendent aussi une généralisation du prix du carbone et l’établissement d’un cadre pour les transferts de technologies", détaille Bruno Lafont du Medef. 

Si les entreprises se réjouissent de la signature de l’Accord de Paris, elles veulent aussi être sûres de ne pas être les seules à jouer le jeu... "Nous faisons la course en tête, mais la France et l’Europe doivent veiller à ce que la compétitivité de nos entreprises soient préservée", s’inquiète ainsi Pierre Gattaz, le patron du Medef.

Une préoccupation balayée par Laurent Fabius pour qui les changements sont déjà en marche dans l’économie. "Investir dans les énergies fossiles va devenir une mauvaise affaire. C’est ce changement qui va être opéré si nous faisons tout ce qui est prévu dans l’Accord de Paris. Nous ne pouvons pas nous permettre de jouer la montre, ce serait irresponsable. La tendance va être de flécher les investissements vers les énergies alternatives, de déplacer l’intérêt des investissements. La vraie logique de ce que nous sommes en train de faire, c’est ça", a-t-il martelé. Et, selon lui, le changement est à la portée des entreprises françaises.

Laurent Fabius a également rassuré sur "les points d’application de l’accord" qui doivent être trouvés tout au long de l’année. Sur le prix du carbone, il faut passer "au stade pratique" a-t-il reconnu, mais sa mention dans l’Accord de Paris est déjà une victoire en soi, car il n’y a pas "de consensus sur ce sujet", a-t-il précisé.

 

Faire vivre les initiatives nées durant la COP21

 

Enfin, à propos du contrôle des INDC, il compte sur "la pression des pairs et de la population" pour veiller à leur mise en place. "La technologie va aussi nous aider, précise le président de la COP21. Mais ce qui compte c’est surtout la démarche opérée par chaque pays, avec au total 187 contributions nationales déposées sur 195".

En marge de l’Accord, de nombreux chantiers restent à concrétiser, comme faire vivre l’Alliance solaire inaugurée le 25 janvier, lors de la visite en Inde du président de la République ou donner corps à la mission "Innovation", lancée pendant la COP21 avec Bill Gates. Il faudra aussi mettre en place le système d’alerte précoce des catastrophes naturelles CREWS.

Reste enfin une étape clé à franchir pour la mise en place de l’accord : sa ratification, qui aura lieu à partir du 22 avril, à New York (1). 

 

(1) Retrouvez le calendrier des événements 2016 sur le climat.
Concepcion Alvarez
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