Publié le 08 octobre 2019

ENVIRONNEMENT

Neutralité carbone : où en sont les entreprises françaises ?

Ces dernières semaines, plusieurs grandes sociétés françaises ont annoncé leur volonté d’être "neutres en carbone", comme Kering ou Air France. Pourtant, selon une étude publiée par le cabinet EcoAct, seulement 5 % du CAC 40 peut aujourd’hui se targuer d’être neutre en carbone. C’est un peu moins bien que les grandes entreprises américaines, britanniques ou espagnoles.

La course à la neutralité carbone est lancée, les entreprises françaises ne veulent pas être en reste.
@NicoElNino

Lors de la semaine climat à New York fin septembre, 87 entreprises, dont Nestlé, Burberry et Saint Gobain, ont annoncé vouloir être neutres en carbone d'ici 2050. Devant la pression des consommateurs et des différentes parties prenantes, le concept a en effet "un côté marketing fort, les entreprises se positionnent donc sur le sujet et il y a un certain empressement à annoncer la neutralité carbone", analyse Hervé Lefèbvre, chef du service climat de l’Ademe.

Le CAC40, moins allant que d'autres indices

C'est ainsi que Kering vient de s’engager à être neutre en carbone à l’échelle du groupe et de sa chaîne d’approvisionnement dès 2025. Air France le sera dès 2020, mais seulement sur ses vols intérieurs, soit 450 de ses plus de 2000 vols journaliers. Cependant, les grandes entreprises françaises sont "à la traîne s’agissant de la neutralité carbone", constate EcoAct dans son rapport annuel sur les performances climat du CAC40 (1).

En 2019, 82 % de l’indice français n’a pas de stratégie de neutralité carbone. Seuls Atos et BNP Paribas sont déjà neutres en carbone, sur leur périmètre opérationnel (hors chaîne d’approvisionnement). C’est un peu moins bien que les grandes entreprises des indices américain, britannique et espagnol. Seulement 5 % du CAC 40 est neutre en carbone contre 6 % pour l’IBEX 35, 7 % pour le Dow 30 et 8 % pour le FTSE 100.

Eco Act entreprise neutre en carbone indice financier

Part des entreprises cotées sur les grands indices boursiers de Londres, New York, Madrid et Paris, qui sont neutres en carbone ainsi que leurs périmètres (sur leur seul périmètre pour les scopes 1 et 2, sur l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement pour les scopes 1, 2 et 3) - source EcoAct. 

Quelle place pour la compensation carbone ? 

Faut-il pour autant en déduire que les entreprises françaises sont à la traîne en termes de performance climat ? Pas tout à fait. "Il faut voir ce que cela recouvre exactement car il existe différents moyens de parvenir à la neutralité carbone. Si l’on veut qu’elle soit réellement efficace en termes de lutte contre le changement climatique, il s’agit d’abord de réaliser une mesure de ses émissions, puis de réduire les émissions et, ensuite, de compenser les émissions résiduelles, incompressibles", souligne Hervé Lefèbvre. 

Et c'est bien cette dernière phase, de compensation, qui est particulièrement délicate. Elle consiste à investir dans des projets d’efficacité énergétique, de reconstruction d’écosystème comme les forêts, ou de séquestration carbone, dans des pays émergents ou le pays d’origine. Pour savoir si la compensation est pertinente, "il faut vérifier que ce sont bien les émissions dites incompressibles qui sont compensées, ensuite regarder quel est le périmètre choisi par l’entreprise - un produit, les activités propres ou l’ensemble de la chaîne de valeur -, et enfin quel type de compensation est réalisé", souligne-t-il.

En 2019, selon le rapport EcoAct, 40 % des entreprises du CAC40 compensent une partie de leurs émissions contre 27,5% en 2018. Ainsi, Kering investit dans des projets de reforestation dans le cadre d’un mécanisme onusien. Total finance la reforestation de la Guyane. Danone compense à 100 % le carbone émis par la production de ses bouteilles Evian.

Accélérer la transition ?

Pourtant, ce mécanisme n’a pas toujours bonne presse. Il est régulièrement accusé d’être un outil de "greenwashing" ou de ne pas être efficace pour lutter contre le changement climatique. "Il s'agit pourtant d'un mécanisme certifié et contrôlé très fréquemment et qui permet daccélérer la transition bas carbone à l’échelle de la planète", souligne Arnaud Doré, directeur associé d’EcoAct. Une norme est d’ailleurs en cours d’élaboration via l’Organisation internationale de normalisation (ISO) et des initiatives privées sont en cours pour comparer les revendications de neutralité carbone, comme Net zero du cabinet Carbone 4, annoncée pour janvier. 

Pour l'heure, les entreprises françaises ont tendance à vouloir des projets sur le sol hexagonal, plus "vendeurs" auprès des clients, mais qui est souvent moins pertinent que des projets certifiés et labellisés, dans des pays émergents où ils ont en plus des dimensions sociales et de développement, estime l’expert de l’Ademe. Ce sont les pays "qui en ont le plus besoin", ajoute Arnaud Doré d'EcoAct, alors que les financements publics des projets d’adaptation et de réduction restent largement insuffisants. "C’est à qui aura la neutralité en 2050, 2040 ou 2030 ! Mais cela ne veut pas dire grand-chose", observe de son côté Hervé Lefèbvre. 

Béatrice Héraud @beatriceheraud 

(1) Le rapport EcoAct est téléchargeable ici

 

 

 


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