Publié le 02 avril 2022

ENVIRONNEMENT

Gel tardif : le phénomène se répète et les agriculteurs s'inquiètent

Le début du mois d’avril se révèle difficile pour les viticulteurs et les arboriculteurs. La chute soudaine des températures fait craindre un épisode de gel tardif et met en péril leurs récoltes, de la même manière que l’an dernier, presque jours pour jours. Des solutions d’urgence commencent à être déployées par les agriculteurs alors que le phénomène est appelé à se multiplier en raison du changement climatique.

Vignobles feu gel ARNAUD FINISTRE HANS LUCAS HANS LUCAS VIA AFP
Les viticulteurs prennent des solutions d'urgence pour éviter le gel des récoltes.
@Arnaud Finistre Hans Lucas AFP

Le début du mois d’avril s’avère particulièrement stressant pour les agriculteurs. Après une fin mars sous le soleil, ayant favorisé le bourgeonnement des plantes, les températures de ce début de mois d’avril font l’effet d’une douche froide avec des écarts pouvant aller jusqu’à 20°C. La crainte d’un phénomène de gel tardif identique à celui ayant eu lieu à la même période est dans tous les esprits. Agriculteurs et viticulteurs ont décidé cette fois de prendre les devants pour ne pas perdre leur récolte.

"Beaucoup ont anticipé en lançant l’aspersion de leurs vergers", explique à l’AFP Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, le syndicat agricole. "Ils pulvérisent de l’eau sur les arbres pour que se forme une fine couche de glace pour protéger les bourgeons, comme dans un igloo", précise-t-elle. L’année dernière, les viticulteurs avaient décidé d’allumer des feux dans les vignes pour les protéger. Re-belotte cette année, certains ayant acheté des braseros pour maintenir une température suffisante. Ironie du sort, les solutions d’urgence pour s’adapter à cet événement ne sont pas vraiment compatibles avec la lutte contre le changement climatique.

4 milliards d’euros de pertes en 2021

En 2021, le phénomène avait engendré plus de quatre milliards d’euros de pertes dans les secteurs de la viticulture et de l’arboriculture. Le gel tardif avait accéléré les négociations pour créer un dispositif d’assurance spécifique pour les agriculteurs, qui devrait voir le jour en 2023, de nombreuses exploitations n’étant pas assurées contre ces phénomènes. Les dégâts risquent d’être encore élevés cette année.

La première nuit, de jeudi à vendredi 1er avril, a déjà engendré son lot de pertes, selon Serge Zaka, docteur en agro-climatologie, qui donne les premiers chiffres sur Twitter. Dans le nord du Limousin, les pertes sont estimées de 20 à 35 % des récoltes, jusqu’à 15 % des récoltes dans le centre-ouest et en Bretagne, et jusqu’à 5 % dans d’autres régions. Et ce n’est que le début, les trois nuits suivantes devant continuer à accumuler les pertes. Au total, le spécialiste estime qu’une large partie de la France sera concernée et pourrait perdre "de 80 à 100 % de la production arboricole en 2022".

"Le changement climatique augmente ce phénomène"

La situation est qualifiée de "peu habituelle pour un début de printemps" par Météo-France. La répétition du phénomène sur deux années consécutives s’explique néanmoins par le réchauffement climatique. Des scientifiques du World Weather Attribution, une initiative réunissant plusieurs centres de recherche mondiaux, estiment que le réchauffement des températures globales déjà enregistrées jusqu’à aujourd’hui augmentent le risque de survenue d’événements comme le gel tardif d’environ 60 %. Le réchauffement des températures hivernales a également avancé la saison de croissance des plantes, rendant alors les cultures plus vulnérables au gel.

"Il y a un paradoxe apparent : le réchauffement climatique peut conduire à une augmentation des dommages causés par le gel ! Nos résultats montrent que la saison de croissance commence plus tôt à cause du changement climatique et que les périodes de gel deviennent moins sévères, mais le premier effet est plus important que le second. Par conséquent, la vigne pousse et mûrit plus vite maintenant, mais ceci la laisse plus exposée à d'éventuelles vagues de froid", explique Robert Vautard, chercheur au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et à l'Institut Pierre-Simon Laplace et co-auteur de l'étude.

Arnaud Dumas @ADumas5


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