Publié le 14 avril 2021

ENVIRONNEMENT

Gel : Le système d'assurance des agriculteurs doit s'adapter au changement climatique

C’est "la plus grande catastrophe agronomique de ce début du XXIème siècle". Après l'épisode de gel qui a frappé la quasi totalité des cultures en France, l'urgence d'une réforme du système d'assurance se fait sentir. Aujourd'hui, un tiers des agriculteurs seulement est assuré alors qu'avec le changement climatique, les événements extrêmes se multiplient. Gouvernement, assurances et agriculteurs tentent de trouver un équilibre pour répondre à l'urgence. 

Vignobles feu gel ARNAUD FINISTRE HANS LUCAS HANS LUCAS VIA AFP
Pour faire face aux gelées nocturnes tardives, les viticulteurs de Côte-d'Or en Bourgogne ont allume des bougies dans les parcelles de vin blanc chardonnay.
ARNAUD FINISTRE / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

"Ce sont plusieurs centaines de milliers d'hectares, je dis bien centaines de milliers d'hectares, qui ont été impactées". Pour le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, la vague de froid et le gel subit par les agriculteurs les jours derniers est d'une ampleur exceptionnelle. Cet épisode va considérablement amputer la production de l’année, abonde le Comité National des Interprofessions des Vins (Cniv). Les évaluations sont en train d’être effectuées mais toute la France et toutes les cultures sont touchées. Arbres fruitiers, colza, blé, légumes de plein champ… les dégâts sont considérables.

"L’État assumera les responsabilités qui sont les siennes", a annoncé le Premier ministre le samedi 10 avril promettant des enveloppes exceptionnelles. "Nous allons utiliser tous les moyens dont nous disposons en pareille circonstance, notamment pour ce qui concerne les charges, faire appel aux banquiers et aux assureurs", a expliqué Jean Castex. "Mais il nous faudra aller au-delà et dégager des enveloppes exceptionnelles (...) Ces phénomènes climatiques ont tendance à se répéter, nous devons amplifier des actions structurelles."

Le changement climatique, une responsabilité collective

Le spécialiste de l’agriculture, ITK, explique que la hausse des températures développe plus précocement les bourgeons et les expose davantage aux gelées. Or aujourd’hui, malgré la multiplication de ces aléas climatiques, à peine 30 % des surfaces agricoles sont assurées. Depuis 2005, il existe pourtant des assurances multirisques climatiques mais elles sont peu accessibles financièrement et leurs seuils de déclenchement trop élevés.

"On m’explique que le changement climatique est causé par les activités humaines. Or on me pousse en même temps à supporter moi-même le coût d’une assurance multirisque. Si la responsabilité est collective, alors la prise en charge doit l’être aussi", dénonce sur Terre-net Florence Gillotin, céréalière dans l’Essonne. "C’est la non-assurance qui crée le désespoir, ce n’est pas le prix, ni le niveau de franchise des contrats", défend de son côté Franck Le Vallois, directeur général de la Fédération française de l’assurance (FFA).

Un système dépassé

Pour revoir le système en profondeur, le ministre de l’Agriculture a chargé le député LREM du Val de Marne, Frédéric Descrozailles d’un rapport sur la gestion des risques agricoles. Ce dernier, qui doit remettre ses conclusions dans quelques jours, plaide pour un système mixte. "On ne peut pas demander aux agriculteurs de prendre seul en charge les conséquences du changement climatique", défend le député qui distingue trois catégories. Les risques faibles pour lesquels il faut miser sur la prévention ; les risques moyens liés aux aléas climatiques que prendraient en charge les assureurs et les risques importants, comme celui vécu actuellement, qui nécessiterait l’intervention de l’État. "L’idée est de faire appel à la solidarité nationale et de s’inspirer du régime de catastrophe naturelle", explique Frédéric Descrozailles.

Reste à trouver le bon équilibre entre tous les acteurs. Car la multiplication des évènements climatiques pourrait provoquer de manière globale une baisse des rendements moyens sur lesquels se basent les assureurs pour indemniser. "Ce ne peut pas être l'assurance qui prenne en charge une baisse durable des rendements", a par exemple fait valoir Delphine Letendart, directrice marché agricole pour Groupama, qui s'est exprimée auprès de l'AFP. En attendant qu’une issue soit trouvée, les agriculteurs devront faire face à une nouvelle vague de froid qui va s’abattre sur l’Hexagone dans les prochains jours.

Marina Fabre, @fabre_marina avec AFP



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