Publié le 02 avril 2019

ENVIRONNEMENT

[Infographie] Depuis la COP21, les grandes banques françaises ont encore investi 124 milliards d’euros dans les énergies fossiles

Pour espérer rester sous la barre fatidique des 2°C de réchauffement, il va falloir laisser dans le sol un tiers de nos réserves de pétrole, la moitié de nos réserves de gaz et plus de 80 % de nos réserves de charbon. Les banques ont un rôle central dans l'atteinte de ses objectifs en orientant leurs financements vers des énergies propres. Or, depuis la COP21 et la signature de l'Accord de Paris, celles-ci ont augmenté leurs soutiens aux projets d'énergies fossiles.

Société générale détient un mandat de conseil pour le développement du projet de terminal d'exportation de gaz de schiste Rio Grande aux États-Unis.
@Rio Grande LNG

"À quand le réveil climatique tant attendu", interrogent les six ONG à l’origine du nouveau recensement des financements fossiles. Le Fossil Fuel Finance Report Card 2019 révèle que les 33 principales banques mondiales ont accordé 1 688 milliards d'euros de financements aux énergies fossiles depuis la COP21 de 2015, soit plus que le PIB du Canada ou de l'Espagne. Parmi elles, les Françaises BNP Paribas, Crédit Agricole, Société Générale et Natixis ont financé le charbon, le pétrole et le gaz à hauteur de 124 milliards d'euros depuis 2016.

"Les financements aux industries fossiles ont continué d'augmenter depuis l'Accord de Paris sur le climat. C'est une insulte à la logique, à la science et à l'humanité. Si les banques ne cessent pas de toute urgence de soutenir ces secteurs sales, les catastrophes attendues d'un emballement climatique ne seront plus seulement probables, mais imminentes", alerte Alison Kirsch, chercheuse Climat et énergie au Rainforest Action Network.

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Société générale : deuxième banque à financer le GNL

En France, le secteur bancaire s’était pourtant illustré à la veille de la COP21 en excluant dans un premier temps le charbon. Puis, BNP Paribas a pris les devants avec une annonce très forte en octobre 2017. Elle est alors devenue la première banque française à exclure les énergies fossiles non conventionnelles. Et la première au monde à renoncer aux projets d’exportation de gaz et pétrole de schiste. Ses soutiens aux sables bitumineux, hydrocarbures de schiste et gaz naturel liquéfié (GNL) ont ainsi connu des baisses respectives de 72 %, 87 % et 69 % depuis fin 2017.

Dans la foulée, Société générale et Crédit agricole ont durci leurs politiques sur les sables bitumineux et sur les hydrocarbures de schiste avec des exclusions limitées aux entreprises et aux projets les plus polluants, loin des engagements pris par BNP. Visée depuis plusieurs mois par des actions de militants climatiques, Société générale est aujourd'hui la deuxième banque au monde à financer le GNL avec près de trois milliards d’euros accordés depuis 2016.

Le gaz de schiste va faire exploser notre budget carbone

La banque est particulièrement active aux États-Unis où elle participe au financement de projets de terminaux d’exportation de gaz de schiste tels que le très contesté Rio Grande LNG. "Le gaz peut constituer une énergie de transition si cela est fait de façon encadrée", avait expliqué à Novethic Cécile Rechatin, la responsable des politiques environnementales et sociales de Société générale.

Selon une récente étude de Oil Change International, l’exploitation de ces nouvelles ressources en pétrole et gaz de schiste va devenir la première source des nouvelles émissions de CO2 à l’échelle globale et représenter l’équivalent des émissions générées par 1 000 centrales à charbon sur l’ensemble de leur durée de vie. Le boom de la production rien que dans la région du Texas pourrait ainsi épuiser près de 10 % du budget carbone dans un scénario 1,5°C.

"Le secteur bancaire est au volant d'un véhicule qui nous mène droit dans le mur, et des banques comme Société Générale appuient sur l'accélérateur en soutenant l'expansion d'industries toujours plus polluantes, comme les gaz de schiste aux États-Unis. Face à l'urgence de la situation, les banques françaises doivent dès aujourd'hui aligner l'ensemble de leurs activités sur l'objectif de limiter le réchauffement global à 1,5 °C", conclut Lorette Philippot, chargée de campagne Finance privée aux Amis de la Terre France.

Concepcion Alvarez, @conce1

(1) Voir le rapport ici.


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