Publié le 18 mars 2019

ENVIRONNEMENT

Climat : pour modifier le scénario business as usual, il faut reprogrammer les cerveaux !

Les journées du 15 au 16 mars ont mobilisé massivement la jeunesse mondiale pour appeler nos dirigeants à agir face à l’urgence climatique. Mais cette demande, aussi pressante soit-elle, ne suffit pas à réorienter les flux financiers vers un monde durable, tant les vents contraires sont puissants. Pour y parvenir, il nous faut repenser toute l’éducation financière de ceux qui tiennent l’économie.

Les étudiants de Polytechnique en uniforme sur le campus de l'X pour rappeler l'urgence à agir afin de ne pas dépasser le seuil de 1.5°C.
@Polytechnique

À l’image des Polytechniciens en uniforme qui tracent de leurs corps un objectif d’1,5°C et de l’emblématique Greta Thunberg nominée pour le prix Nobel de la Paix, les jeunes descendent dans les rues pour clamer la nécessité d’agir vite et fort pour lutter contre le changement climatique. Cela suppose, au-delà de la régulation, de repenser complètement les modèles économiques et financiers dominants. Or, comme disait Keynes, "la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles mais d’échapper aux idées anciennes".  On est bien dans une guerre de modèles qui nous dresse les uns contre les autres dans des batailles cruciales pour changer le monde, jeunes contre vieux, hommes contre femmes…

Bien sûr, les temps changent et la compréhension de l’urgence à agir progresse grandement. Dans la tonalité des discours, on est passé du célèbre "la maison brule et on regarde ailleurs" à "La maison est quasiment calcinée mais on continue à payer les traites et l’assurance". Concrètement, l’heure est grave et tous les événements dédiés au sujet permettent aux orateurs de tirer les uns après les autres la sonnette d’alarme…  sans qu’il y ait transfert massif de flux financiers vers une économie plus durable.

Dernière illustration en date, le Sustainable Investment Forum organisé à Paris, le 12 mars dernier. Vincent Hamelink, Directeur des investissements de Candriam, y  jouait le rôle de lanceur d’alerte générale aussitôt démenti par Patrick Uelfeti, gérant du fonds de pension du gouvernement suisse Publica mettant en avant son impuissance à réorienter les investissements. "En tant qu’investisseur passif investi dans des indices boursiers, nous ne sommes pas programmés pour cibler autre chose qu’un retour sur investissement financier. Tant que les marchés ne donnent pas un prix aux risques Environnementaux Sociaux et de Gouvernance (ESG), nous ne pouvons pas changer de cap", explique-t-il.

Des crises successives qui envoient l’économie dans le mur

Les limites de la finance durable résident dans la résistance à donner trop de poids aux facteurs ESG et à empêcher leur pleine intégration aux décisions d’investissement. Comme le rappelait la tribune du Monde signée par une quarantaine de scientifiques et d’économistes en janvier dernier, "Au sein des industries à risques  comme l’aéronautique, la cryptographie, l’industrie électrique – notamment nucléaire –, on s’assure que les modèles reviennent régulièrement au stand de la recherche et développement pour faire les réglages nécessaires, éliminer les bugs critiques et alimenter les moteurs de l’innovation. En finance, en revanche, où les chercheurs n’ont pas accès aux données et où les ingénieurs sont soumis à la pression, aux échéances et aux règles de confidentialité du marché, les nouveaux risques sont pris en compte au rythme des crises successives qui envoient notre économie dans le mur".

C’est pourquoi il faut faire évoluer l’éducation financière initiale et continue, mais aussi toute une succession de raisonnements qui forment la chaine intellectuelle de décisions des leaders économiques et financiers.  C’est le message très clair envoyé par les jeunes qui ont bloqué le 15 au matin le siège de la Société Générale à la Défense à Paris et détourné son slogan "C’est vous l’avenir " avec une pancarte "Les banques salissent notre avenir en finançant les énergies fossiles".

La génération au pouvoir est à la fois la première à sentir les effets du changement climatique et la dernière à pouvoir tenter de l’arrêter. C’est cette responsabilité que lui rappellent tous ceux qui manifestent, jeunes et moins jeunes. Ils crient dans des mégaphones de plus en plus puissants mais  cela suffira-t-il pour rebrancher les sonotones de ceux qui ne veulent pas les écouter parce qu’ils appartiennent à un temps où l’économie rime avec PIB et l’Ebitda, pas émissions de CO2 et fractures sociales.

Anne-Catherine Husson-Traore,  @AC_HT, Directrice générale de Novethic


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