Publié le 19 octobre 2021

ENVIRONNEMENT

Climat : l’absence du président chinois Xi Jinping peut-elle faire échouer la COP26 ?

Le président Xi Jinping ne devrait pas se rendre à Glasgow, au Royaume-Uni, pour la COP26 qui s'ouvre à la fin du mois. Beaucoup y voient un signal inquiétant de la part du premier émetteur de gaz à effet de serre au monde, avec un risque d'effet boule de neige sur les autres puissances. Mais pour les spécialistes, il est important de rappeler que l'enjeu de la COP26 réside avant tout dans les nouvelles contributions climatiques. C'est là le véritable test de crédibilité. 

Xi jinping onu 2020 Brian Smith Sputnik via AFP
Le président Xi Jinping n'a pas quitté la Chine depuis janvier 2020 en raison de la pandémie de Covid-19.
Brian Smith Sputnik / AFP

L’annonce de l’absence du président chinois à la COP26, qui s'ouvre dans deux semaines à Glasgow, au Royaume-Uni, a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux. L’information a fuité en fin de semaine dernière dans le Times. "Il est désormais très clair que Xi [Jinping] ne va pas venir et le Premier ministre [Boris Johnson] a été informé de cela", indique une source gouvernementale au quotidien britannique. "Ce que nous ignorons encore c’est la position qu’adopteront les Chinois", a-t-elle ajouté.

Pour de nombreux commentateurs, le refus du président chinois de participer à cette conférence pourrait constituer le prélude à une opposition de Pékin à la fixation de nouveaux objectifs en matière de lutte contre le réchauffement climatique, alors que le pays compte pour 27 % des émissions de CO2. La reine Elizabeth II a même exprimé son irritation envers les dirigeants mondiaux qui "parlent" du changement climatique, mais "n’agissent pas", dans une conversation privée, ciblant entre autres le président chinois.

Xi Jinping n'a pas quitté la Chine depuis le début du Covid-19

"L'absence de Xi Jinping n'est pas en soi un signe de désengagement politique de haut niveau, mais reflète plutôt la situation sanitaire en Chine. Il n'est pas sorti du territoire depuis plus de 600 jours, et la délégation chinoise à Glasgow devra se plier à une quarantaine de quinze jours au retour vers la Chine (ce qui réduit beaucoup la taille de la délégation habituelle)", tempère Lola Vallejo, directrice du programme climat de l'Iddri, Institut du développement durable et des relations internationales.

Le pays a en outre multiplié les annonces depuis plus d’un an. Il s’est ainsi engagé à atteindre la neutralité climatique – et pas que carbone – en 2060 et un pic des émissions de CO2 avant 2030. En avril, Xi Jinping s’est aussi prononcé en faveur d’une limitation de l’accroissement de la consommation de charbon et d’une diminution à partir de 2026. Plus récemment, Pékin a également promis de ne plus construire de nouvelles centrales à charbon à l’étranger. Cela concernerait 44 projets de centrales, pour plus de 50 milliards de dollars d’investissements.

"Ce qui est bien plus important que le voyage du président Xi Jinping à Glasgow en personne, c'est le plan que le pays va proposer pour freiner ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2030 et au-delà. Si la Chine renforçait considérablement ses objectifs, cela donnerait un élan positif aux pourparlers onusiens. Et si le président chinois n'assiste pas au sommet, cela augmentera davantage l'attention sur ce que la Chine va mettre sur la table" réagit David Waskow, directeur de l’International Climate Initiative au sein du WRI.

Silence radio de la part de l'Inde

La Chine est d’autant plus sous le coup des projecteurs qu’elle est le pays hôte de la COP15 sur la biodiversité, dont la première partie vient de s’achever, la seconde se tenant au printemps prochain. "Il semble quasi-impossible que le pays ne tienne pas ses engagements climatiques au risque de payer le prix fort diplomatiquement", complète Lola Vallejo. Le véritable test sera donc la publication de sa contribution climatique révisée (NDC – contribution nationale déterminée) attendue d’ici la COP26.

D’autres leaders internationaux, comme l’Inde, la Russie ou encore le Brésil n’ont pas encore confirmé leur présence à Glasgow. Mais Vladimir Poutine vient d’annoncer un objectif de réduction de ses émissions de près de 80 % d’ici 2050. Quant à l’Inde, troisième plus gros émetteur au monde, elle inquiète par son silence. Le pays est empêtré dans une crise énergétique, exacerbée par les fortes pluies de mousson qui bloquent l’extraction de charbon. Enfin, le Premier ministre australien Scott Morrison, après avoir tergiversé, a finalement confirmé sa participation à la COP26, sous la pression de son allié britannique. Le gouvernement australien propose d’atteindre la neutralité carbone "le plus rapidement possible", de préférence d’ici 2050, tout en refusant de rendre cet objectif contraignant. 

Concepcion Alvarez @conce1


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