Publié le 11 juin 2018

ENVIRONNEMENT

Huile de palme dans les biocarburants : les agriculteurs bloquent 14 raffineries et dépôts de carburants en France

[Mise à jour le 11 juin] La FNSEA prend des airs de Greenpeace. Le principal syndicat agricole bloque actuellement 14 raffineries et dépôts de carburant dont la bioraffinerie de Total à la Mède. Cette usine de biocarburant importera dès cet été 300 000 tonnes d'huile de palme d'Indonésie et de Malaisie par an. Or aujourd'hui, le colza de l'Hexagone trouve son principal débouché dans la filière de biocarburant. 

Le principal débouché du colza en France est le biocarburant. Or la bioraffinerie de Total à La Mède va s'approvisionner essentiellement en huile de palme importée.
@LaurenceFournier

C'est sous le mot clé #SauvezLesAgri que la FNSEA a commencé, dimanche 10 juin, a bloqué plusieurs sites de Total dont les raffineries de Gonfreville-l'Orcher en Seine-Maritime, Grandpuits en Seine-et-Marne ou encore Donges en Loire-Atlantique. Au total, 5 raffineries et 9 dépôts de carburants sont bloqués par les agriculteurs. 

En cause : l'incohérence du gouvernement qui "laisse négocier des accords commerciaux avec des pays qui ne partagent pas nos exigences sociales, environnementales et sanitaires ou donne son aval à des importations de matières premières pour le moins peu durables", a expliqué le syndicat dans un communiqué. 

Concurrence avec le colza français 

Dans leur viseur, principalement, la bioraffinerie de Total à la Mède, dans les Bouches-du-Rhône. Le groupe a reçu l’autorisation le 16 mai de convertir la raffinerie pétrolière en usine de production de biocarburant à partir d’huiles végétales telle que l’huile de palme et les huiles alimentaires usagers. Total va ainsi carburer à 50 % en huile de palme, soit 300 000 tonnes par an. Il a reçu l’autorisation d’importer jusqu’à 450 000 tonnes d’huile végétale. Or, la FNSEA craint une distorsion de concurrence avec l’huile française de colza, dont le premier débouché est le biodiesel.

"Non content d’en avoir dans le Nutella, maintenant, ce sont 400 000 tonnes d’huile de palme qui vont venir dans les raffineries, donc dans nos voitures", a fustigé Christiane Lambert dans l’Union de Reims. "Dans l’ensemble de nos régions, les agriculteurs vont bloquer des sites stratégiques, symboles des distorsions de concurrence que nous subissons", renchérit la FNSEA.

Total hausse le ton 

Total a déjà tenté de calmer la polémique auprès des associations environnementales en promettant une huile de palme 100 % durable. Cette fois, auprès des agriculteurs, Patrick Pouyanné, le patron de Total, a haussé le ton. "Nous rendons la France plus indépendante en termes de biodiesel. Est-ce qu’on préfère que ce biodiesel soit importé ou produit en France avec des emplois à la clef ?", s’est-il interrogé auprès notamment de l’AFP, à l’issue de l’Assemblée générale du groupe.

"Est-ce que les agriculteurs savent qu’il y a une société qui leur est affiliée qui importe 200 000 tonnes d’huile de palme pour faire des biodiesels en France ?", a-t-il ajouté, faisant référence au groupe industriel et financier Avril, dont l’ancien patron de la FNSEA, Xavier Beulin était aussi le président. 

Plus concrètement, Total a décidé d'intégrer 50 000 tonnes de colza par an à sa bioraffinerie et dit ne pas comprendre "ce procès public". "Le biodiesel en France est déjà fabriqué à moitié à l'étranger", explique à Novethic le groupe. "Nous sommes un prétexte pour la FNSEA, un petit bout de leur mécontentement", ajoute-t-elle. 

Marina Fabre @fabre_marina 


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